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Dimanche 22 mai 2005

L'âge de l'Empire romain

 

L'historien du nom de Livy donne à la fondation de Rome par Romulus la date de 753 Av. J.-C., un 21 avril, pour être plus précis. Malheureusement, Romulus étant un personnage aussi authentique que le Roi Arthur, il est très probable que cette date soit erronée. Selon les témoignages archéologiques dont nous disposons, il semble que les premiers signes de la création de Rome, effectuée par des bergers latins datent de 950 av. J.-C.. En revanche, l'archéologie moderne confirme bien les dires de Livy en ce qui concerne la situation géographique de la colline Palatine. De plus, comme la plupart des fondations de villes en Italie à cette période de l'histoire nécessitaient une cérémonie religieuse orchestrée par un seul prêtre masculin, il est fort possible qu'un Romulus quelconque ait vraiment existé.

 

La chute de l'Empire romain est souvent datée en 476 ap. J.-C., avec la reddition du dernier Empereur, Romulus Augustulus au chef de guerre germanique Odoacer. Si l'on compare cette date à celle de la création selon Livy, on peut s'apercevoir que l'on est guère loin, avec 1229 ans d'âge, des 1200 ans promis par les douze aigles. Cependant, comme nous avons déjà pu le voir, la date de 753 av. J.-C. est extrêmement sujette à caution, et celle de 476 ap. J.-C. ne vaut guère mieux, car même si elle est exacte, il n'est pas juste de dire que tout l'Empire romain se soit écroulé en une seule petite année. En fait, ce n'est pas vraiment de "chute" dont on peut parler, mais plutôt d'une érosion progressive, et encore, celle-ci ne concerne que la partie ouest de l'Empire, l'est restant unifié sous le nom d'Empire Byzantin durant un millénaire supplémentaire.

 

Il est par ailleurs important de noter que, quelle que fut sa durée de vie, l'Empire romain ne s'est appelé qu'ainsi à la moitié de son existence. Cette civilisation se nomma tout d'abord monarchie Etrusque, avant de devenir une république, puis enfin de devenir un Empire, aux alentours de 27 ap. J.-C., soit 700 ans après sa création selon la légende, et 900 après sa fondation historique. Si l'on prend en compte la date de 476 ap. J.-C. comme celle de départ, sa durée de vie ne fut que d'un peu plus de 500 ans. Sur cette durée, l'Empire Romain tel qu'il est conçu par la plupart des gens n'a existé que 200 ans, à une décennies ou deux près.

 

Cette période historique, du règne de Jules César (46 av. J.-C.) à la mort de Commode (192 ap. J.-C.), est celle où l'Empire atteint son zénith. C'est là que l'on vit les meilleurs des Empereurs, des hommes comme Auguste, Vespasien ou Trajan. Mais elle vit aussi certain des pires, les tyrans Caligula, Néron et Domitien.

 

 


AVE  IMPERATOR!

 

La Création de l'Empire Romain

Par Jennifer Hawthorne

 

Introduction

 

"Il y a très longtemps vivaient deux frères jumeaux Romulus et Remus. Nés d'une union entre Jupiter et la Vierge Vestale, ils furent abandonnés dans un panier sur le fleuve du Tibre par leur oncle malveillant. Leur père prit néanmoins soin de ses enfants et leur envoya une louve et un pivert pour les nourrir et les élever. Ils furent sauvés par un berger et devinrent de grands guerriers et de grands chefs pour leur peuple.

"Un jour, les deux jumeaux décidèrent de bâtir une grande cité à l'endroit même où leur panier avait échoué. Mais les frères ne purent pas s'entendre sur le nom que porterait cette cité. Ils finirent même par se battre, et Remus fut terrassé. Romulus alla de l'avant et fonda la grande cité que l'on connaît sous le nom de Rome"

 

La légende de Romulus et Remus est l'histoire de Rome telle que les Romains la connaissaient, pleine de drame, de fratricide, de divinités, de destinés et de serments. La difficulté pour les érudits modernes résident comme toujours à tirer des faits solides historiquement d'un flot aseptisé de mythes et légendes.

Les histoires écrites par les anciens Romains eux-mêmes donnent une vue déformée de leur propre époque, car les historiens romains travaillaient sous un double fardeau. D'abord, ils ne possédaient pas de données historiques objectives sur le sujet -- leurs documents, principalement ceux concernant les premières périodes de l'histoire de Rome, se limitaient à quelques listes de notables et aux légendes locales. Ensuite, ils subissaient une pression considérable de la part des pouvoirs politiques en place, pour faire accepter leur interprétation historique. Les travaux des auteurs Romains comme Livy (qui a écrit vers 25 av. J.-C.), Tacitus (vers 100 ap. J.-C.), et Suetone (vers 120 ap. J.-C.) doivent ainsi être considérés davantage comme des romans historiques que comme des reconstitutions historiques objectives.

 

La distinction entre la vérité et l'invention. Des débats sans fin ont eu lieu (et se poursuivent aujourd'hui encore) entre les historiens pour savoir quel élément d'une étude pouvait être considérée comme exacte, et quels étaient les erreurs ou les faits romancés. Les historiens antiques des autres pays participèrent à la confusion générale en interprétant l'histoire de Rome selon leur propre idée. Les études archéologiques, qui fournissent une source impartiale (bien que squelettique) d'information sur le monde romain, ont été gênées par la présence des villes modernes sur la plupart des sites antiques intéressants.

 

Les historiens sont incapables même de s'entendre sur le début et la fin de l'"Empire Romain" . Face à ces limites, il n'y a rien d'étonnant à ce que la vision moderne de Rome, des Romains et de l'Empire ait subi de nombreuses révisions jusqu'à la "vérité" historique acceptée actuellement, et continuera probablement à changer à l'avenir avec de nouvelles découvertes.


Rome avant l'Empire

 

A l'époque où Rome apparut pour la première fois dans les histoires du monde antique vers 280 ap. J.-C., c'était déjà la maîtresse de toute la péninsule italienne. Les informations sur le développement de la Rome pré-impériale avant cette époque étaient rares et fragmentaires, mais beaucoup de choses étaient tenues pour certaines. Quand Rome a été fondé, le fleuve du Tibre constituait la frontière partageant le royaume étrusque au nord-ouest et les fondations latins au sud-ouest. La source du fleuve se situe dans les monts Apennins, la région natale du peuple des Sabins au nord-est et des Samnites au sud-est. A environ 12 miles en amont de l'embouchure à la mer, le Tibre se divise autour d'une petite île ; ce lieu constituait un endroit idéal pour traverser la rivière. Un tel site était un lieu de rencontre naturel pour les différentes tribus et la  création d'un groupement de population mixte.

 

A peu près à la même époque, les bergers latins construisaient des huttes sur le Palatin, les bergers Sabins faisaient la même chose sur les colline du Quirinal. Une légende des débuts de Rome raconte que les Latins manquèrent un jour d'épouses. Pour résoudre ce problème, ils invitèrent les Sabins à un festival. A l'arrivée des Sabins, les Latins enlevèrent rapidement leurs femmes et revinrent sur le Palatin. Les Sabins se sont alors préparés pour récupérer leurs femmes, mais avant que la guerre n'éclate, ils apprirent que les femmes étaient heureuses avec leurs nouveaux époux et préféraient rester. Cette histoire est probablement fausse, mais elle constitue une métaphore parfaite à l'explication de la fusion des deux peuples en un seul - les Romains.

 

La Monarchie et la République

 

Le premier gouvernement de Rome était une monarchie de type étrusque dont on sait peu de chose. Les légendes romaines racontent qu'il y eut sept rois en tout, avec d'abord Romulus, puis Numa Pompilius, Tullius Hostilius, Ancus Marcius, Lucius Tarquinius Priscus, Servius Tullius, et enfin Lucius Tarquinus Superbus. Tandis que Romulus (dans sa forme légendaire) n'était que le fruit de l'imagination, les six autres rois ont probablement réellement existé, bien que les actes que l'on attribue à chacun d'eaux soient discutables.

 

Le règne des rois de Rome prit fin en 509 av. J.-C. Selon l'histoire officielle romaine, le comportement tyrannique du roi Lucius Tarquinus Superbus provoqua sa destitution par les citoyens romains qui jurèrent de ne plus jamais se laisser gouvernés par un roi. Les historiens pensent actuellement que la fin de la monarchie romaine était plus un accident. A l'époque de l'évincement de Tarquinus Superbus, Rome était en guerre avec un autre roi local, Porsenna de Clusium. Porsenna attaqua la ville, forçant Tarquinus Superbus à fuir. Le conquérant n'était cependant pas assez fort pour tenir la ville et fut chassé par la populace locale. Au lieu de rappeler leur ancien gouverneur, les Romains décidèrent d'essayer un autre type de gouvernement. La République Romaine était née.

 

A l'époque de ce changement dramatique, la société romaine était déjà profondément partagée entre deux classes : les Patriciens qui était la classe propriétaire de la terre, et le reste des habitants de la Cité, les Plébéiens. Les patriciens formèrent un corps législatif appelé le Sénat (d'un mot latin signifiant "senior"), et élirent deux magistrats appelés les consuls servant d'exécutifs pour un mandat d'un an. Les consuls étaient élus parmi les membres du Sénat.

Le gouvernement du Sénat fut une amélioration par rapport au gouvernement d'un seul homme, mais laissait toujours la majorité de la population de la Cité sans réelle influence sur les affaires légales. Le Sénat se mit très vite à abuser de ses privilèges, édictant des lois qui privilégiaient une petite minorité au dépend de la population. Les plébéiens devint suffisamment malheureuse pour se révolter et saccager la ville. Un nouvelle institution fut créée, appelée les Tribuns de la Plèbe. Le tribun était élu par les plébéiens et détenait un pouvoir de veto sur les lois édictées par le Sénat. Cette mesure limitait toujours le pouvoir légal du peuple - qui ne pouvait pas proposer de lois, mais seulement poser un veto sur celles dont il ne voulait pas - mais constituait un progrès majeur.

 

Les luttes politiques internes continuèrent pendant un autre siècle jusqu'à ce que les plébéiens réussissent enfin à gagner le droit de tenir n'importe quelle fonction publique. Un certain nombre de postes furent créés, pour faciliter l'administration d'une ville grandissante : les prêteurs, responsables de la juridiction civile, les questeurs, responsables des affaires pénales, les édiles, qui supervisaient les travaux publics et les marchés, et les censeurs qui recensaient la population et veillaient à la morale publique.

 

Rome Conquiert l'Italie

 

Au cours du même siècle, Rome faisait de grands progrès pour devenir la vraie puissance en Italie. Peu après la formation de la République, les Romains organisèrent la Ligue Latine, une coalition de villes romaines voisines en vue de la protection contre les attaques ennemies. En 396 av. J.-C., Rome vainquit et détruisit sa principale rivale sur le Tibre, la ville étrusque de Veii. Lors d'une cérémonie solennelle considérée par les Romains comme la sanction la plus sévère, les prêtres romains effectuèrent l'évocation sur Veii -- un rituel forçant les dieux protecteurs de la Cité à la quitter pour Rome.

 

Six années plus tard, Rome subit pour la première fois le goût de la défaite à cause d'une invasion gauloise surprise par le nord. Les Gaulois se déchaînaient vers la péninsule italienne, semant le chaos sur leur passage, jusqu'à Rome, vainquirent la garnison, et ravagèrent et brûlèrent la cité. Heureusement, les Romains purent réunir assez d'or pour négocier le départ des Gaulois. Cet événement eut apparemment un fort impact sur la psychologie romaine. Après le saccage de la Cité par les Gaulois, les Romains devinrent plus militarisés, plus agressifs et plus paranoïaque à l'égard des nations environnantes qu'auparavant. A travers leur longue histoire, néanmoins, les Romains maintinrent le fait qu'ils ne s'engageaient que des dans "guerres justes" -- guerres qu'ils étaient obligés de faire à cause des agressions venant de l'extérieur, et qui étaient demandées par les dieux. Afin de tenir, les Romains devinrent des experts dans la manipulation et la provocation des conflits. Presque toutes les excuses étaient bonnes, quand les Romains avaient besoin d d'une raison.

 

La civilisation étrusque au nord avait déjà été affaiblie par la puissance croissante de Rome et de ses alliés; l'invasion gauloise lui donna le coup de grâce, et une nouvelle tribu, les Samnites, prit sa place. Les Samnites et les Romains luttèrent presque immédiatement. La première guerre  était décidée par Rome en faveur de Rome, mais un nouveau problème surgit. Les alliés de Rome dans la Ligue latine, qui participaient à l'effort de guerre en fournissant hommes et ressources, considérèrent qu'ils ont été lésés dans la partage du trésor de guerre. Ils demandèrent à être traités équitablement. Après la Guerre Latine, Rome donna la citoyenneté romaine à tous les habitants des cités alliées. Rome retourna alors  au problème des Samnites, et pendant 50 ans, repoussa ceux-ci peu à peu vers le nord jusqu'à ce que Rome puisse contrôler toute l'Italie jusqu'à la vallée du Pô.

 

 

 

En 290, un général grec nommé Pyrrhus répondit à l'appel d'aide des villes grecques sur la côte sud de l'Italie, qui se sentaient légitimement nerveuses face à l'expansion du contrôle romain. Pyrrhus combattit les Romains à Campania, la plaine au sud de l'Italie, et remporta deux victoires -- au prix d'"Une autre victoire du même genre et je serai perdu", rendant ainsi célèbre la phrase de la "victoire à la Pyrrhus". Après la troisième bataille, qu'il perdit, Pyrrhus abandonna et revint en Grèce. Les Romains pouvaient désormais contrôler toute la péninsule italienne.

 

 

LES GUERRES PUNIQUES

 

La puissance suprême en Méditerranée pendant les premières années du IIIe av. J.-C. était la cité phénicienne de Kar-Hadasht, maintenant connue sous le nom de Carthage. Les Phéniciens, ou "Puns" comme les Romains les appelaient, étaient des armateurs et des navigateurs hors pair, et contrôlaient tous les échanges maritimes en Méditerranée, et même au-delà. Avec une distance en vol d'oiseau de moins de 400 miles entre les deux cités, l'une et l'autre aussi impatientes d'augmenter leur puissance, le conflit était inévitable.

 

Les troubles commencèrent, de façon tout à fait prévisible, sur l'île de Sicile, située stratégiquement entre les deux puissances. Le contrôle de l'île était partagé entre un groupe de pirates italiens, les Mamertins, basés dans la ville de Messana, et les habitants de Syracuse, une riche ville grecque indépendante avec son propre roi. Les Syracusiens, lassés des raids mamertins, attaquèrent Messana, qui réclama très vite de l'aide -- aussi bien aux Romains qu'aux Phéniciens. Les Phéniciens, jaloux de l'opulence de Syracuse, furent les premiers à agir, envoyant une flotte et une garnison de troupes à Messana. Les Romains prirent plus de temps à répondre; Rome n'avait jamais entreprit d'action militaire outre-mer auparavant, et était faiblement équipée à cet effet, sans un seul navire de combat valable. Mais l'occupation phénicienne de Messana présentait une menace évidente à l'Italie du Sud, qui venait d'être si difficilement conquise pour être risquée. L'expédition fut approuvée, et les troupes romaines embarquèrent pour Messana. Quand ils entrèrent dans la ville, les Phéniciens attaquèrent immédiatement, et la première Guerre Punique était en marche.

 

Les Romains construisirent rapidement leur flotte, en se calquant sur les modèles de navires carthaginois. La guerre fit rage de la Sicile et la côte sud de l'Italie aux côtes d'Afrique du Nord et les îles méditerranéennes de Sardaigne et de Corse, qui étaient entre les mains des Phéniciens au début de la guerre. Une fois la flotte romaine construite, les deux belligérants étaient presque de force égale, et le conflit devint une guerre d'usure qui dura 25 ans. Carthage abandonna finalement, plus par lassitude que pour d'autres raisons. Comme tribut de la victoire, Rome gagna le contrôle de la Sicile, de la Sardaigne et de la Corse. Carthage accepta également de payer une forte somme d'or à Rome comme réparations aux dommages de guerre.

 

L'acquisition des îles méditerranéenne laissa  Rome face à un nouveau problème. Elle possédait maintenant des territoires d'outre-mer -- mais comment les gouverner ? Un nouveau poste de magistrature fut créé, le gouverneur avec imperium (pouvoir juridique) sur certaines régions, appelées provincia ou province. Ce poste était tenu par des prêteurs du Sénat romain. la Sicile devint la première province romaine, la Sardaigne et la Corse constituant la seconde.

La paix avec Carthage dura moins de 50 ans. Les Carthaginois étaient affaiblis mais étaient loin d'être hors course. Un Phénicien téméraire, Hamilcar Barca ("Hamilcar Le Foudroyant"), saisit la riche et peuplée péninsule hispanique, et grâce à une combinaison de commandement adroit et d'administration experte, leva une gigantesque armée d'Espagnols, financée par l'or des mines espagnoles. Le but de la formation de cette armée était évidente -- Hamilcar nourrissait une haine profonde et brûlante à l'égard de Rome. Malheureusement pour Carthage, il mourut avant de réaliser ses ambitions. Hamilcar avait un successeur immensément capables : son fils, Hannibal.

 

 En 221 av. J.-C., Hannibal mena son armée dans une longue et dangereuse marche vers l'est de l'Espagne à travers la Gaule et les Alpes. Il perdit une grande partie de son armée en traversant les montagnes, mais recruta des renforts dans les tribus gauloises au nord du Pô, qui avaient leur propre rancoeur contre les Romains depuis l'expansion vers le nord de ceux-ci. Après avoir entraîné ses auxiliaires gaulois, Hannibal alla directement au sud, vers l'Italie, en direction de Rome. Les Romains tentèrent de l'arrêter mais furent battus à trois reprises, notamment à la désastreuse Bataille de Cannae en 216 av. J.-C.

 

L'un des grands mystères de l'histoire demeure la raison pour laquelle Hannibal contourna Rome par l'est en direction du sud de l'Italie au lieu de s'attaquer directement de la Cité. S'il s'était entré directement dans la ville, il l'aurait probablement vaincue. L'explication la plus plausible est que Hannibal voulait s'éviter un siège, ne disposant pas suffisamment de force pour arriver à ses fins. En se dirigeant au sud, il pouvait espérer secouer la décision des villes alliées de Rome et priver celle-ci des renforts, mais les alliés latins restaient inébranlables. Il pouvait également attendre que l'arrivée des réserves de Carthage avant d'entrer dans Rome, mais le contrôle maritime des Romains l'en empêcha. Son frère, Hasdrubal, tenta de refaire la marche de Hannibal à travers les Alpes avec une armée renforcée mais fut battu et tué par Scipio, l'excellent général romain, avant d'arriver en Italie.

 

Hannibal passa près de quatorze année en Italie du sud, attendant le moment propice pour attaquer Rome et subissant d'incessants harcèlements et tactiques de l'armée romaine. Le bon moment ne vint jamais. En 203 av. J.-C., il fut appelé pour défendre Carthage qui perdait régulièrement sur tous les fronts contre les Romains. Scipion et lui se rencontrèrent dans la plaine de Zama en Afrique, et Hannibal fut vaincu, à cause d'une mutinerie parmi le contingent de mercenaires. Bien qu'Hannibal ait réussi à s'échapper vers l'Est, Zama marqua la fin des espoirs carthaginois. En 201 av. J.-C., Carthage se rendit et accepta toutes les conditions de Rome, qui étaient draconiennes. Carthage abandonna toutes les terres (dont l'Espagne) à Rome, à l'exception de Carthage même et de ses environs immédiats; elle donna ses navires de guerre et ses éléphants aux Romains; et accepta de ne plus mener de guerre sans la permission de Rome.

 

Bien que le pouvoir de Carthage ait été désormais brisé pour de bon, Rome n'était pas satisfaite. Pendant la seconde Guerre Punique, Rome contracta une alliance avec Masinissa, le roi de Numidie en Afrique du Nord. Numidie encercla les possessions restantes de Carthage, et Masinissa utilisa sa position privilégiée avec Rome pour effectuer des forages dans les terres carthaginois. Les Carthaginois, forcés par le traité de ne pas faire la guerre contre Misinissa, appela Rome à l'aide -- qui se décida à chaque fois en faveur de Masinissa. Les Carthaginois n'eurent pas d'autre choix que de rompre le traité et d'attaquer Masinissa. Rome, détenant enfin la raison qu'elle attendait, attaqua Carthage. Cette fois, Carthage n'avait plus aucune chance. La cité fut rasée, ses citoyens massacrés et ses terres salées. La cérémonie de l'évocation fut réalisée, et les terres furent déclarées maudites. En dépit du sel et des malédictions, le site de la cité de Carthage restait un site favorable et il n'eut pas fallu un siècle pour que les Romains ne décidèrent de fonder une nouvelle ville sur les os de ses anciens ennemis.

 

Les historiens grecs, cherchant à expliquer l'adversité entre Carthage et Rome, créèrent le mythe de Didon et de Enée, mais en vérité, les légendes n'étaient pas nécessaires. Il n'y avait de place que pour une seule puissance en Méditerranée, et Rome était déterminée à être celle-là. Carthage était sa seule rivale.

De plus, comme Caton le Censeur le dit, "Carthago delenda est"--"Carthage doit être détruite".

 

LE DECLIN DE LA REPUBLIQUE

Le succès de Rome dans les Guerres Puniques produisit un changement majeur dans la politique en Méditerranée. Les Romains, ayant vaincu la première puissance de la Méditerranée et s'étant généreusement servi en tributs, s'ennuyèrent et cherchèrent de nouveaux défis. Ils n'eurent pas à chercher bine loin. Ils combattirent avec les Illyriens, les Macédoniens, les Syriens, diverses tribus germaniques, et pratiquement tous ceux qu'ils croisaient.

Le butin de toutes ces guerres bénéficiaient entièrement à quelques privilégiés : le Sénat romain. En plus des terres et de richesses pour les Sénateurs, les guerres apportèrent une nouvelle denrée précieuse : des esclaves. Auparavant, l'esclavage n'était qu'un élément mineur de la société romaine. Initialement, les débiteurs pouvaient être vendus comme esclaves en paiement de leurs dettes, mais en 326 av. J.-C., les plébéiens gagnèrent une bataille politique importante et parvinrent à faire passer une loi qui interdisait à un citoyen romain de posséder un autre citoyen romain. A partir de ce moment et jusqu'à la fin des Guerres Puniques, les seuls esclaves dans Rome étaient les quelques prisonniers de guerre qui n'avaient pas pu être échangés contre une rançon. L'expansion romaine après la chute de Carthage changea cela, et pour la première fois dans l'histoire, Rome avait accès à des villes entières remplies des esclaves potentiels et rapatrièrent ces derniers vers Rome. A un moment, au cours de cette période, le grand marché aux esclaves de l'île de Delos voyait passer plus de 10 000 esclaves par jour.

 

L'élite romaine acheta un nombre considérable d'esclaves et les chargea de travailler les terres agricoles détenues par le Sénat. Entre les nouvelles terres acquises avec la victoire et les anciennes achetées à prix d'or, la plupart des Sénateurs possédaient d'immenses propriétés foncières. Ces propriétés avaient besoin de main d'oeuvre, constituée par les esclaves. En contrepartie, les petits propriétaires étaient sans cesse expulsés et furent ruinés. Ils partirent vers la ville pour y chercher du travail, mais il y en avait bien peu. Une considérable fracture se développa entre l'élite privilégiée et les masses apauvries. De sérieux troubles allaient survenir sous peu.

 

Vers 130 av. J.-C., deux tribuns libéraux, les frères Gracche, tentèrent de forcer la législation à rendre la terre aux citoyens romains qui en étaient dépourvus. Après différentes réformes, les Gracche furent assassinés par le Sénat. Leur législation forçait les fermiers italiens (alliés, mais non citoyens romains) à donner leurs terres aux Romains, ce qui mit en colère les Italiens et engendra une Guerre Sociale. Les alliés italiens non latins firent scission et réclamèrent les mêmes droits pour tous les Italiens. Le Sénat résista, mais à cause de la guerre Latine, n'eut pas d'autre choix que d'accéder à leurs requêtes. Le statut de ceux qui avaient le privilèges d'être appelés Romains, protégés par les lois romaines, s'élargit de nouveau.

 

En même temps, le chaos apporta d'importants changements à Rome même. D'abord, l'habitude du Sénat d'arranger la mort de ses ennemis politiques conduisit le consul Gaius Marius à ouvrir l'accès à Légion à tous les hommes, et pas seulement à ceux sui étaient assez riches pour s'équiper. Afin de posséder armures et armes, les nouveaux soldats devaient généralement emprunter d'abord à leurs commandant, puis seulement à Rome. Les ramifications de ce changement deviendront évidentes en très peu de temps. Ensuite, la fin de la guerre avec l'accession de Rome aux requêtes italiennes irritèrent un général romain fier et conservateur nommé Cornelius Sulla (surnommé "Felix", ce qui signifie "chanceux"). Sulla ne se trouvait pas dans Rome au moment de la conclusion de la Guerre Sociale, mais en entendant ce qui s'était passé, revint sur la ville avec son armée -- c'était la première fois qu'un général romain faisait cela. Mais ce ne serait pas la dernière.

 

Sulla entra dans la ville et ordonna à ses troupes de tuer des centaines d'"ennemis de l'état". Cette action mit en colère Gaius Marius, qui était d'un esprit libéral. Quand Sulla partit combattre à l'étranger, Marius mena sa propre armée vers Rome, seize la ville et tua la plupart des soutiens conservateurs de Sulla. Quand Marius mourut à son tour, Sulla revint à Rome et recommença, tuant non plus des centaines mais des milliers de citoyens qu'il soupçonnait avoir des penchants libéraux. Sulla devint le premier dictateur de Rome. Sulla n'avait pas d'ambitions impériales et après avoir réglé ses affaires, prit sa retraite dans sa maison de campagne et mourut quelques années après de mort naturelle.

 

Pour le moment, la République était toujours intacte, bien que ce ne soit que de façon théorique. Le mécontentement populaire continua avec le réveil de la guerre sociale. Des émeutes fréquentes menées par des esclaves secouaient la cille de Rome. La première révolte eut lieu en Sicile en 136 av. J.-C. et ne fut contrôlée qu'après des années d'action militaire. La seconde révolte, plus célèbre, débuta en 74 v. J.-C. sous le commandement d'un ancien soldat romain envoyé en esclavage pour désertion, un homme nommé Spartacus. Spartacus et sa gigantesque armée de supporters (la plupart des esclaves affranchis) terrorisèrent l'Italie du nord pendant deux ans avant d'être finalement vaincu par le général romain Marcus Licinius Crassus.

 

L'ancien ordre romain était brisé. Sans réformes politiques significatives de la part du Sénat qui ne pouvait ou ne voulait agir, la question n'était plus de savoir s'il serait détruit, mais quand.

 

 

Chapitre II: Jules César

 

 C'est dans ce nouvel ordre créé par le chaos social que s'avança un jeune politicien issu d'une famille peu distinguée nommé Gaius Julius Caesar -- plus connus dans l'histoire comme Jules César. Doté de talents évidents et d'une ambition non mesurée, César était l'homme dont le nom devint synonyme de puissance dans beaucoup de langues modernes : en allemand, kaiser, en russe czar et en arabe, qaysar.

 

Les débuts de César

 

Le Sort En Est Jeté

 

Les Ides de Mars

 

LES DEBUTS DE CESAR

 

Neveu par mariage de Gaius Maris, César commença sa carrière politique très jeune. Ses penchants dès le départ étaient résolument antirépublicains ; à l'âge de 16 ans, il se maria dans une famille politiquement libérale et réussit in extremis à échapper l'exécution lors des purges menées par le conservateur Sulla . A l'âge de 22 ans, il entra dans la vie politique en tant qu'avocat. Avant la fin de la décennie, il fut élu questeur (bien qu'il ait deux ans de moins que l'âge requis pour le poste). Son ascension dans la hiérarchie politique fut spectaculaire. Après trois ans en tant que questeur, il fut élu édile; deux ans plus tard, il acquis le poste religieux de pontifex maximus (grâce à des chicanerie politique); l'année suivante, il était élu prêteur. En 61 et 60 av. J.-C., il fut gouverneur de l'opulente Espagne, et utilisa sa position pour se constituer une fortune personnelle suffisante pour se faire élire consul en 59 av. J.-C.

 

A partir de maintenant, le Sénat commence à s'inquiéter à propos de Gaius Julius Caesar. Ses ambitions inassouvies étaient loin d'être dissimulées, et il recueillit dangereusement le soutien aussi bien de la part du peuple que de la classe politique. Son charisme personnel était énorme et sa vitalité inépuisable. (Ses exploits sexuels en particulier étaient le sujet d'interminables rumeurs). Son élection comme consul aurait dû lui permettre l'accès à un autre poste de gouverneur provincial lucratif, mais le Sénat, qui ne voulait pas aider César plus que le nécessaire, lui confia la supervision des forêts et des caravanes de bétail d'Italie -- ce qui n'était pas un poste favorable pour remplir les poches d'un gouverneur. Il arrangea également l'élection d'un consul anti-César. Cet homme ne faisait cependant pas le poids contre l'enthousiasme et les relations de César -- les gens de l'époque parlent du "Consulat de César et César".

 

César ne se laissa pas ralentir par les manoeuvres du Sénat. Privé de l'opportunité d'utiliser son énergie à faire fortune, il l'employa à arranger des alliances politiques. Son plus grand succès fut de mettre sur orbite deux des hommes les plus puissants de Rome, créant ainsi un "Premier Triumvirat" officieux. Les partenaires de César étaient Gnaeus Pompeius, plus connus sous le nom de Pompée le Grand, et Marcus Licinius Crassus. Pompée était l'un des généraux les plu respectés à Rome, et Crassus, bien que général également, était plus célèbre pour sa fortune personnelle considérable. Pompée et Crassus étaient des ennemis politiques de toujours, mais César réussit à convaincre les deux hommes à travailler ensemble, avec lui comme intermédiaire.

 

En tant que consul, César fit un proposition de loi foncière accordant des fermes aux vétérans de Pompée. Il proposa également un amendement pour enrayer la mauvaise conduite de plus en plus fréquente des gouverneurs provinciaux. En même temps, les amis politiciens de César s'arrangèrent pour qu'il devienne gouverneur de la Gaule cisalpine et de l'Illyricum, puis de la Gaule Transalpine peu de temps plus tard. C'est ce que César avait toujours attendu.

Un politicien romain ne pouvait pas espérer gagner un pouvoir durable sans démontrer des aptitudes d'un véritable chef militaire. César avait jeté son dévolu sur la Gaule. Entre 58 av. J.-C. et 50 av. J.-C., il sillonna tout le pays, et poussa même jusqu'en Bretagne, soumettant les tribus gauloises les unes après les autres. Bien que les cavaliers gaulois étaient de force égale voire supérieure aux Légionnaires romains, ils étaient handicapés par la rivalité qui opposaient les chefs gaulois.

 

Les troupes disciplinées de César les vainquirent un par un. En 52 av. J.-C., les Gaulois parvinrent finalement à être suffisamment désespérer pour s'unir sous le commandement d'un clef, Vercingétorix, mais César lui-même se montra aussi doué en commandement militaire qu'en politique. Il assiégea et vainquit Vercingétorix, et déclara toute la Gaule comme territoire romain.

LE SORT EN EST JETE

 

La conquête de la Gaule rapporta à césar or, prestige et une formidable armée expérimentée complètement dévolue à son égard. En même temps, à Rome, le Triumvirat s'écroulait en l'absence de César. Crassus fut tué en 53 av. J.-C. en combattant contre les Parthes à l'est, et Pompée se rapprocha de plus en plus du Sénat et s'éloigna de César. Pompée et le Sénat commencèrent à manoeuvrer pour séparer César de ses soldats, dans l'espoir probable de l'arrêter sur de fausses accusations et de disposer de lui. Mais César n'était pas idiot et échappa à l'autorité du Sénat, avec l'aide de ses propres agents politiques à Rome.

 

Le point crucial arriva en janvier de l'an 49 av. J.-C. Pompée et le Sénat réussirent finalement à manoeuvrer les alliés de César, et lui ordonna de quitter son commandement et de revenir à Rome en tant que citoyen privé. César, conscient que cette position le laisserait sans défense et probablement mort, prit une décision prophétique. Il reviendrait à Rome, oui -- mais il emmènerait son armée avec lui. Lors de sa traversée de la rivière appelée le Rubicon, César aurait prononcé le célèbre "le sort en est jeté" (alea jacta est), ce qui signifiait qu'il ne pourrait plus revenir sur sa décision. A partir de ce moment-là, son avenir lui apporterait soit le pouvoir absolu, soit la mort.

 

L'opposant de César pendant la guerre civile qui allait déterminer le futur de Rome était son ancien allié, Pompée. Au moment où les armées de César atteignirent les portes de Rome, Pompée s'enfuit vers l'Est sous la protection de ses propres Légions. César le poursuivit et les deux généraux eurent de nombreuses escarmouches autour de la Méditerranée pendant deux ans. Pompée avait le soutien officiel du Sénat, mais César le surpassait aussi bien sur le plan militaire que dans l'opinion public. César encercla Pompée en Egypte. Après une discussion entre César et Ptolémée, le roi d'Egypte (et du badinage avec la princesse, Cléopâtre), celui-ci chargea ses propres hommes de tuer Pompée et apporta sa tête à César.

 

Après la mort de Pompée, plus personne à Rome ne doutait plus que les paroles de César feraient désormais figure de lois. Le nouveau dictateur passa les deux années suivantes à voyager avec ses troupes, réduisant les résistances. En 46 av. J.-C., il réforma le calendrier romain (qui nécessitait depuis longtemps une révision) et lui ajouta un mois supplémentaire qui nomma juillet (d'après son propre prénom). En 45 av. J.-C., César était de retour à Rome, son Empire en sécurité, et lui-même prêt à assumer les responsabilités du premier Empereur de Rome.

LES IDES DE MARS

 

Mais après avoir été si loin, César commit sa première erreur -- qui se révélerait fatale. Bien qu'il ait été intraitable envers ses ennemis (comme les tribus gauloises pouvaient en témoigner), il traita ses opposants romains avec pitié, se retenant de les exécuter. Peut-être était-il devenu trop confiant en sa position et son soutien populaire ou peut-être voulait-il simplement essayer de se montrer meilleur gouverneur que le corrompu sénat qui ne servait que son propre intérêt. Il espérait certainement tourner le Sénat en sa faveur, pour gagner la légitimité de son pouvoir. Quelle qu'en était la raison, César laissa ses ennemis seuls, et était suffisamment confiant en leur honneur qu'il n'hésitait pas à marcher dans les rues de Rome sans escorte.

 

Sa confiance était mal placée. Le Sénat avait l'habitude d'agir pour son propre compte et suivait une longue tradition d'utilisation de la violence pour se protéger. Une conspiration de quelques soixante Sénateurs se prépara, menée par Gaius Cassius Longinus et Marcus Junius Brutus, pour régler le compte de César. Pour obtenir le soutien, ils répandirent la rumeur que César voulait se nommer Roi de Rome (ce qui était vrai); et rappelèrent aux Romains qu'ils avaient juré de renoncer aux rois depuis le règne de Tarquinus Superbus, il y avait 450 ans. Le 15 mars de l'an 44 av. J.-C. (les Ides de mars), une foule de Sénateurs entoura César dans le Hall du Sénat et le poignarda plus de vingt fois.

 

Les conspirateurs déclarèrent qu'ils avaient libéré Rome de la tyrannie des rois et restauré la liberté de la République. Le soutien populaire auquel ils s'attendaient ne s'est jamais matérialisé. Le citoyen romain moyen était dégoûté du Sénat, et avait été séduit par les plans de César pour la reformation et la réorganisation de l'Empire. Le règne du Sénat fut brisé au-delà de toute réparation. Un lieutenant de César, Marc Antoine, fit un discours public glorifiant César et maudissant ses meurtriers; Cassius et Brutus s'enfuirent vers l'Est pour échapper à la vengeance des partisans de César, et l'Empire entra dans une décennie de tourment.

 

Chapitre III: Héritier de César

 

 

 Après la mort de César, la République Romaine se retrouva dans une confusion indescriptible. Pour que la puissance de Rome puisse survivre, un successeur valable à César devait être trouvé, et vite. Il semblait que le bras droit de César, Marc Antoine, serait celui qui allait chausser les chaussures impériales. Antoine lui-même s'attendait à ce que César le désigne comme son héritier, et avait déjà réclamé sa part dans la fortune personnelle de César quand il s'était révélé que son héritier légal était son petit neveu et fils adoptif Gaius Octavius, alors âgé de 18 ans.

 

La perspective de ce jeune homme qui n'a pas encore été mis à l'épreuve et qui osait réclamer le pouvoir de César semblait ridicule -- à tout le monde sauf à Gaius Octavius. Le jeune homme étudiait à Apollonia quand il apprit la mort de César et son héritage.

Sa famille et d'autres personnes l'empressèrent de réclamer ce que César lui avait laissé, mais Octavius n'y avait jamais fait attention. Peu de temps après son arrivée à Rome, Octavius prit le nom de son père adoptif, en se nommant Gaius Julius Caesar. Selon la convention, il aurait dû ajouter "Octavianus" à la fin, mais Octavius ignorait cette coutume. Pour éviter la confusion, cependant, les historiens romains actuels se réfèrent à lui sous le nom de Octave. Les livres d'histoire ont ainsi baptisé le premier vrai empereur romain d'un nom qu'il n'avait jamais lui-même utilisé.

 

Le Second Triumvirat

Imperator Caesar Augustus

L'Empire d'Auguste

Gouvernement Provincial 

 

 

LE SECOND TRIUMVIRAT

 

 

 La première action d'Octave fut de tenter de réclamer les propriétés foncières de Marc Antoine, mais Antoine qui avait déjà dépensé beaucoup d'argent, l'ignorait. Intrépide, Octave vendit quelques-unes de ses propriétés pour disposer des liquidités, qu'il dépensa en intégrant les troupes de César. Il y détenait alors une position avantageuse par rapport à son rival; par loyauté envers leurs ancien chef, les Légions de César voulaient respecter les dernières volontés de celui-ci. Puisque César avait chois Octavius et non Marc Antoine, les soldats de César préféraient le jeune homme malgré son manque d'expérience dans le combat. Octave était également de façon surprenante, soutenu par le Sénat, qui le considérait moins menaçant que l'expérimenté Antoine. L'estimable corps allait même jusqu'à le nommer sénateur et à lui donner un consulat vacant, bien qu'il ait été trop jeune pour occuper ce poste. Le Sénat prévoyait sans nul doute de le manipuler comme une marionnette pour apaiser les masses. Mais Octave leur réservait d'autres plans.

 

Conscient de n'avoir pas réussi à s'imposer face à Marc Antoine, Octave proposa une solution nouvelle probablement inspirée par l'alliance de César avec Crassus et Pompée. Lui, Marc Antoine, et Lepidus (un autre supporter de César, chef des prêtres à Rome), régneraient ensemble sur l'Empire romain comme le Second Triumvirat, qui débuta en 43 av. J.-C. Antoine, qui avait possédait expérience et fortune, mais n'avait pas la légitimité d'Octave, accepta et Lepidus qui n'avait rien, était heureux de s'y joindre. La participation de Lepidus dans le Triumvirat était purement cérémonial ; le vrai pouvoir demeurait dans les mains d'Antoine et d'Octave. Le Sénat, qui n'avait que peu de marge de manoeuvre, accepta de donner au Triumvirat un statut légal pour une période de cinq ans, "pour la reconstitution de l'état". La première action des Triumvirs fut d'exécuter 300 sénateurs et 2.000 citoyens de rang inférieur. Aucun doute que Antoine et Octave voulaient éviter les erreurs de César en gardant ses ennemis en vie.

 

En 42 le Sénat vota l'attribution du statut de dieu de l'état à Julius Caesar, et donna au dictateur déifié le titre de "Jumlius Divus". Leur intention en faisant cela reste encore ambigu. Peut-être espéraient-ils gagner la faveur du Triumvirs et éviter d'éventuelles exécutions. Ils ont pu également pensé que cette action augmenterait le prestige d'Octave  (au dépend de celui d'Antoine) en lui octroyant le statut de fils d'un dieu. Octave bâtit rapidement un splendide temple et le dédia à son père adoptif.

 

Après s'être occupés de leurs ennemis à Rome, Octave et Antoine embarquèrent vers l'est avec une flotte de vaisseaux de guerre pour poursuivre les assassins de César. Ils attaquèrent les forces Cassius et Brutus deux fois à Philippi, et remportèrent à deux fois le combat ; après leur seconde défaite, les deux conspirateurs sauvèrent leur propre vie. Cette tâche importante réglée, Octave et Antoine retournèrent à Rome et passèrent trois ans à diriger l'Empire et à s'efforcer de renforcer leur positions politiques.

 

En 38 av. J.-C., le Triumvirat se rassembla à Brundisium pour renouer leur alliance. Cette fois, ils se partagèrent les terres romaines afin d'arranger des sphères d'autorité indépendantes. Octave prit l'Ouest, Antoine eut l'Est et Lepidus eut une petite partie de l'Afrique. L'Italie était censée rester neutre, mais comme Antoine voulait profiter les richesses d'Egypte et Lepidus politiquement inapte, le coeur de l'Empire était effectivement dans les mains d'Octave.

 

IMPERATOR CAESAR AUGUSTUS

 

 Tandis qu'Antoine gérait ses terres orientales (et avait une liaison avec Cléopâtre d'Egypte, maintenant Reine), Octave fit campagne pour gagner la faveur du Sénat et du peuple à Rome.  Pour renforcer ses liens avec l'aristocratie, il se maria à l'une des familles d'élites de Rome. Pour plaire au peuple, il dépensa de considérables sommes d'argent dans l'organisation de jeux publics, la construction d'infrastructures et le mécénat de l'art. Le temps passant, les relations entre Antoine et Octave devinrent tendues; il était clair que ni l'un ni l'autre ne voulait abandonner la moitié de l'Empire.

 

L'an 33 av. J.-C. passa sans qu'il n'y eut de traité renouant le Triumvirat; bien qu'Antoine déclarait toujours agir au nom de l'alliance, Octave avait abandonné les faux-semblants. Il avait déjà douze années d'expérience politique et militaire derrière lui, avec un solide réseau de supporters politiques aussi bien dans les milieux aisés que modestes, et maîtrisait parfaitement les Légions de César. L'heure de réclamer son héritage était arrivée. Octave commença à discréditer Marc Antoine à Rome, déclarant qu'Antoine conspirait avec la Reine Cléopâtre pour donner à celle-ci les territoires romains outre-mer. Antoine n'arrangea pas les choses en divorçant de sa femme romaine (qui se trouvait être la soeur d'Octave) pour se marier avec Cléopâtre. Cela donna une excuse à Octave pour déclarer la guerre à Marc Antoine et Cléopâtre.

 

Les deux belligérants s'affrontèrent la même année à la bataille d'Actium. Les forces d'Octave étaient habilement dirigées par un de ses camarades d'école Marcus Agrippa, et une grande partie de la flotte d'Antoine  fut coulée. Antoine et Cléopâtre retournèrent en Egypte et se suicidèrent. Octave se dirigea en Egypte, exécuta le fils de Cléopâtre, Césarion (dont le père était, selon elle, Julius Caesar), et fit de l'Egypte une province romaine administrée par lui-même. Le vaste trésor de Cléopâtre servit à payer les vétérans d'Octave.

 

A partir de ce moment-là, Octave était devenu le gouvernant suprême de Rome et de son Empire. Il n'y eut aucune cérémonie célébrant son accession au pouvoir suprême, ni d'agitations importants à Rome ni ailleurs. Il était acquis qu'Octave fut in charge, et personne ne contredirait ce fait. La base légale de son règne reposait sur une série de consulats annuels de 31 av. J.-C. à 23 av. J.-C. En 27 av. J.-C., les plébéiens l'élirent en tant que Tribun à Vie; par tradition, cette date marqua le début de son règne. Pour commémorer son nouveau statut, Octave changea sont nom en "Imperator Caesar Augustus", ce qui signifie "César, le dictateur magnifique". C'est partir de là que Octave acquit son autre nom historique "Auguste". Pour Octave, c'étaient juste des noms, bien que prestigieux; pour ceux qui le suivirent, c'étaient de véritables titres de pouvoir.

 

L'EMPIRE D'AUGUSTE

 

"J'ai trouvé en Rome une cité de briques, et j'en ai fait une cité de marbre "aimait à déclarer Auguste à la fin de son règne. C'était loin d'être faux; sous le règne d'Octave, la ville et l'Empire trouvèrent une stabilité et une prospérité qu'elles n'avaient pas vues depuis des siècles. Le titre officiel d'Octave était "princeps", ce qui signifie "premier citoyen" et le style de gouvernement qu'il inventa était désigné par le terme de Principat. Il dura pendant près de deux cents ans sans subir de changement majeur.

 

Les contributions d'Octave à la santé et à la gloire de Rome étaient innombrables. Il fit des coupes dans les dépenses en réduisant les Légions de 60 à 28, tout en améliorant l'efficacité des 28 restantes en les transformant en une force permanente de soldats professionnels. Il créa les Gardes Prétoriens, une garnison d'élite pour Rome elle-même, et rebâtit et modernisa la flotte de Rome. A Rome même, il élagua le bois mort du Sénat, le réduisant de plus de 1.000 membres à 600 cents; donna à Rome ses premiers départements de pompiers et de police; créa une distribution de graines aux pauvres de la Cité; mit en place une pension pour les militaires vétérans; ordonna un recensement régulier afin de faciliter l'administration de la Cité; et sponsorisa artistes, écrivains et historiens, parmi lesquels Livy et Virgile. Il accumula les honneurs et les titres par dizaines, dont son préféré était la consécration "pater patriae", le père de son pays. Le huitième mois du calendrier romain fut renommé en son honneur.

 

Octave promut également une réorganisation sociale. Pendant les dernières années de la République, une classe moyenne avait surgit à Rome et ailleurs. Ces hommes, que l'on appelle les "equites", ce qui signifie cavaliers, étaient des hommes riches de naissance plébéienne qui avaient réussi. avant Auguste, leur origine sociale leur interdisait le gouvernement, mais Auguste ouvrit de nombreux postes civils destinés à cette petite aristocratie, et son administration bénéficia grandement de leur énergie. Ils formèrent le coeur du service civil impérial, indispensable à la bonne gestion du vaste Empire. Au lieu de séparer les patriciens et les plébéiens comme dans les débuts de la République, le Principat reconnaissait maintenant cinq classes d'hommes. Les patriciens dominaient toujours, suivis des equites, puis des plébéiens ordinaires. Ces trois classes possédaient toutes trois la citoyenneté romaine. En dessous d'eux, on trouvait les non citoyens : les Affranchis, qui étaient composés aussi bien d'anciens esclaves que des immigrés étrangers, et les esclaves au bas de l'échelle. Un Affranchi n'avait pas droit à la citoyenneté, mais ses enfants pouvaient revendiquer ce statut.

 

L'Empire s'étendit et prospéra au delà des frontières sous le règne d'Octave. Le Princeps fut un grand bâtisseur de routes, améliorant et étendant le réseau d'autoroutes de l'Empire dans toutes les directions. Cela permit aux troupes de se déplacer plus rapidement. Bien que cela semble être un paradoxe, le règne d'Auguste est célèbre aussi pour sa paix que pour l'une des époques les plus guerrières de l'histoire romaine. Cette contradiction dépend de la perspective envisagée; tandis qu'Auguste menait de nombreuses guerres hors de Rome pour gagner et maintenir des frontières défensives solides pour l'Empire, les citoyens qui se trouvaient en son sein connaissaient une paix et un ordre qui allèrent bientôt faire défaut.

 

Auguste ajouta plusieurs nouvelles provinces au territoire romain et réorganisa celles qui existaient déjà. Il annexa la Judée et de l'Afrique du Nord où il créa les provinces de Numidie et de Mauritanie; divisa la Gaule en quatre provinces : Gaule Narbonaise, Aquitaine, Belgique, et Lugdunaise; et partagea l'Espagne en Baetica, Lusitania, et Tarraconensis. Il poussa jusqu'en Allemagne, mais la résistance féroce des tribus germaniques l'empêcha de prendre possession de ces régions. Dans les régions particulièrement sensibles, il établit des royaumes plutôt que des provinces. Ces terres étaient dirigées, administrées et défendues par les notables locaux, qui comprenaient qu'ils ne gardaient leur indépendance que grâce au bon vouloir de Rome. De cette façon, Rome pouvait tirer des tributs de ces terres et contrôler leurs politiques extérieurs sans avoir à se soucier de les administrer ou de les défendre.

 

GOUVERNEMENT PROVINCIAL

 

Auguste étendit considérablement le nombre de provinces dans l'Empire romain et révisa leur système de gestion. Au temps de la République, quand les provinces étaient peu nombreuses, chacune d'elles était gouvernée par un prêteur. Maintenant que leur nombre avait augmenté, le total des prêteurs avait cru en conséquence, et le Sénat n'appréciait pas cette notion; puisqu'un prêteur était la première étape sur l'échelle politique, la création de postes de prêteurs engendrait une concurrence plus rude et apportait du sang neuf au gouvernement. En conséquence, le poste de proconsul a été créé spécialement à l'intention des gouverneurs provinciaux. Comme les consuls de Rome, les proconsuls détenaient l'autorité suprême sur leur région d'influence, mais le préfixe indiquait que ce n'était pas de "vrais" consuls.

 

Chaque fois qu'une province était créée, le Sénat éditait une charte. Ce document indiquait le statut légal des communautés dans la province, définissait ses frontières, fixait le niveau de taxes, et listait les coutumes et les lois locales que les Romains acceptaient de respecter. Les chartes avaient tendance à être généreux, limitant l'administration au minimum. Les Romains ne se souciaient vraiment pas des usages que les natifs suivaient, du moment que ceux-ci payaient leur tribut à Rome et obéissaient au Sénat. Malheureusement, le gouverneur provincial pouvait, et il ne s'en privait pas, de violer la charte provinciale quand cela l'arrangeait, sans crainte d'être censuré ou réprimandé par le Sénat Le gouverneur était souvent libre d'interpréter les termes délibérément vagues de la charte dans le sens qu'il voulait. La seule protection dont disposaient les habitants à l'égard de leur gouverneur était le propre sens de l'honneur de celui-ci. Et c'était un rempart bien peu solide qui échouait souvent face aux intérêts financiers et ambitieux du gouverneur.

 

Les gouverneurs étaient censés exécuter les voeux de la République, bien que le Sénat ne disposait d'aucun moyen de pressions. Les gouverneurs dirigeaient habituellement leur province comme un petit royaume, et envahissait même parfois les provinces des gouverneurs voisins. Ce manque de contrôle était à la fois un symptôme et un facteur de la chute de la République. Octave mit rapidement un terme à ces excès provinciaux. Il était assez intelligent pour réaliser qu'une province paisible produisait plus de revenus et demeurait suffisamment autonome financièrement. Le meilleur moyen d'encourager la paix dans les provinces était de placer des hommes loyaux et compétents, et de permettre aux provinciaux de se gouverner eux-mêmes dans tous les domaines.

 

Octave divisa les provinces en deux catégories : les sénatoriales et les impériales. Les gouverneurs des provinces sénatoriales étaient choisis par le Sénat. Ils restaient en poste pendant une seule année et n'étaient pas autorisé à diriger des troupes romaines. Il s'agissait généralement des provinces les plus paisibles. Les gouverneurs des provinces impériales étaient désignés par l'Empereur et lui rendaient directement des comptes. Ils restaient en poste aussi longtemps que l'Empereur le leur permettaient, et pouvaient diriger des troupes. L'Empereur gardait un contrôle personnel sur les provinces sensibles, celles situées à des points stratégiques, et celles qui étaient exceptionnelles pour une raison ou pour une autre -- l'Egypte a toujours ainsi été une province impériale car ses richesses allaient directement dans les caisses de l'Empereur.

 


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Dimanche 22 mai 2005

 

 

Née à Nantes en 1477, morte à Blois en 1514, Anne de Bretagne est la fille aînée de François II, duc de Bretagne.

En août 1488, François II doit promettre, par le traité de Sablé ou « traité du Verger », de ne pas marier sa fille sans le consentement du roi de France.

A la mort de son père, Anne devient duchesse de Bretagne à l'âge de 11 ans. A 13 ans, malgré le traité signé par son père, Anne de Bretagne est mariée par procuration et à titre symbolique à Maximilien d'Autriche.

Immédiatement, la France déclare la guerre à la Bretagne et l'armée vint mettre le siège devant Rennes, où s'était réfugiée Anne.

En 1491, sous la pression militaire d'Anne de Beaujeu, Anne de Bretagne épouse Charles VIII. A la mort de son époux en 1498, Anne administre seule son duché de Bretagne.

Le nouveau roi Louis XII, pour ne pas perdre l'union entre la France et la Bretagne, fait casser son mariage avec Jeanne de Valois par le pape Alexandre VI et épouse Anne de Bretagne le 7 janvier 1499 comme le prévoyait le contrat de mariage avec Charles VIII.

Anne de Bretagne aura huit enfants, seules Claude de France et Renée qui deviendra duchesse de Ferrare survivront. En 1504, Anne va tenter de marier sa fille aînée Claude à Charles de Habsbourg, futur Charles Quint. Si dans un premier temps Louis XII lui donne son accord, craignant que la France soit encerclée par les possessions des Habsbourg, le roi abandonne cette idée et décide que Clause serait mariée à un héritier du trône de France.

Anne meurt de la gravelle au château de Blois, le 9 janvier 1514, elle n'a même pas trente-sept ans, et le roi Louis XII désobéit deux fois à sa volonté : il consent au mariage de leur fille aînée, Claude de France, héritière de Bretagne, avec le duc d'Angoulême, héritier de France, futur François 1er et fait inhumer solennellement la reine Anne à Saint-Denis malgré le désir qu'elle avait exprimé de reposer près de ses parents à Nantes.

 

 

 

Par QUERE
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Mardi 24 mai 2005

Qu'il fût responsable d'une province sénatoriale ou impériale, un gouverneur sous Octave disposait finalement d'une plus grande autorité pour répondre de ses actions. Les gouverneurs se remplissaient toujours les poches et abusaient toujours les locaux, mais s'ils en faisaient trop, ils pouvaient dire adieu à leur tête et étaient peu disposés à cela. Le gain de confiance et de l'ordre dans les provinces, combiné à la construction des routes d'Octave et à l'élimination de la corruption, du banditisme et de la piraterie, stimulait le commerce et le développement. La terre provinciale était souvent offerte aux vétérans en retraite, ce qui multipliait le nombre des Romains loyaux dans les provinces, aidait le développement de la civilisation et augmentait le niveau de vie dans ces régions. De nouveaux centres urbains s'établirent et un sentiment de prospérité et d'optimisme gagnait tout l'Empire.

 

C'était la plus grande contribution d'Auguste à l'Empire Romain : il a fait de son Principat, un gouvernement dirigé par un seul homme, un système bien plus efficace pour les masses que ne l'était la République. En faisant les réformes nécessaires et en ayant vécu suffisamment longtemps pour en tirer les fruits, il s'était assuré que le Principat continuerait après sa mort. Son règne dura 56 ans; au moment de son décès, peu se souvenait encore de la République. Les méfaits d'un gouvernement autocratique étaient à peine évidents. Peu de gens à Rome se souciaient du fait qu'il n'y a avait plus de protections constitutionnelles contre les abus de pouvoir du Princeps; ou qu'une "offense à la dignité de l'Empereur" était devenu un crime punissable de mort.

 

Auguste était un homme suffisamment intelligent pour résister à la tentation de devenir un tyran. Quand le Princeps était un homme sage, l'Empire se développait. Malheureusement, l'Empire n'a pas toujours été en de si bonnes mains comme les événements qui vont suivre le prouvent.

 

Chapitre IV: Les Julio-Claudiens

 

 Le long règne d'Auguste a permis à ses réformes de prendre racine à travers l'Empire, mais il lui présentait un problème d'un autre genre : il a survécu à tous ses héritiers. Son seul enfant encore en vie était sa fille, Julia. Auguste la maria à son héritier prévu, son neveu Marcellus. Marcellus mourut de façon inattendue, avant même de pouvoir être père, et Julia se maria de nouveau, cette fois, à Marcus Agrippa. Ce mariage fut plus heureux, et donna naissance à cinq enfants, dont deux garçons à l'avenir prometteur, Gaius et Lucius. Mais les deux garçons moururent avant Auguste, Lucius de maladie et Gaius quelques années plus tard lors d'une bataille.

 

N'ayant pas de meilleur choix, Auguste présenta son beau-fils Tibère, le fils que sa seconde femme Lyvia avait eu avec un premier mari. Il aurait pu tomber sur pire certes, mais le règne de Tibère en tant qu'Empereur ne fut pas très réussi. C'était indubitablement le meilleur parmi des mauvais. Malheureusement, c'était son seul mérite.

Un acte difficile à suivre

La Vipère de Tibère

Empereur par accident

Damné dans les mémoires

 

UN ACTE DIFFICILE A SUIVRE

 

Tibère était un homme intelligent et un excellent soldat, mais il ne convenait pas du tout au rôle que lui avait assigné Auguste. Afin d'en faire un hériter potentiel, Auguste lui ordonna de divorcer de sa première femme, qu'il aimait tendrement, pour contracter une union désastreuse avec la fille d'Auguste, Julia. Julia, malheureuse de ce mariage, exprima son sentiment par une longue série d'aventures qu'elle ne prenait même pas la peine de cacher. Selon la loi romaine, Tibère aurait pu obtenir légitimement le divorce, mais Augustus restait aveugle devant les agissements de sa fille, et la dénoncer à l'Empereur eut été une tentative dangereuse. Tibère régla la situation en s'exilant volontairement sur Rhodes, laissant Julia à elle-même à Rome.

 

A Rhodes, le général qui avait montré une attention remarquable à l'égard de ses soldats, devint en un homme en colère, aigri et replié sur soi-même qui ne se préoccupait plus de personne ni de rien à part sa propre personne et ses plaisirs. Bien qu'il s'était exiler volontairement, il ne pouvait pas retourner à Rome tant qu'Auguste ne lui en avait pas donné la permission, et Auguste semblait peu enclin à le faire. Une série de désastres personnels frappa ensuite Auguste. D'abord, sa femme Lyvia qui détenait des preuves concernant les affaires adultères de Julia, les présenta à l'Empereur; selon la loi romaine, Julia aurait dû être exécutée, mais au lieu de cela, Auguste l'exila à vie sur une petite île méditerranéenne. Le fils de Julia, Lucius mourut ensuite, laissant Gaius comme seul successeur possible au trône impérial. Auguste, voyant que le nombre de ses héritiers diminuait, rappela Tibère de Rhodes.

 

Quand Gaius mourut au combat, Tibère devenait le successeur le plus légitime d'Auguste. Agé et malade, Auguste adopta Tibère et le désigna comme héritier. Mais il n'avait jamais aimé Tibère et celui-ci le haïssait. Quand Auguste rendit enfin l'âme en 14 ap. J.-C., Tibère tenta de convaincre le Sénat de ne pas donner le statut de dieu au défunt Empereur. Il échoua et Auguste eut sa place aux côtés de Julius Caesar dans le panthéon des dieux de l'état de Rome.

Il ne faisait aucun doute que Tibère aurait été bien plus heureux en tant que simple général romain, restant avec sa première femme adorée, au lieu d'être poussé sur le siège impérial. A première vue, il gouverna avec succès; ses nouvelles lois étaient morales, justes et clairvoyantes, et pendant tout son règne, il se préoccupa beaucoup de la sécurité économique de l'Empire. Dès le début cependant, un certain nombre d'accusations de trahisons, de procès, et de confiscations de propriétés tendaient vers une escalade qui ne présageaient rien de bon pour l'avenir. Sans protection légale contre les caprices de l'Empereur, les notables de Rome pouvaient seulement baisser la tête, croiser leurs doigts et espérer passer au travers des mailles du filet.

 

On ne sait pas si Tibère était paranoïaque ou non, ou si les gens ne l'aimaient vraiment pas. Au moment où il succéda à Auguste, il devint un homme renfrogné, aigri et égoïste, incapable du moindre charisme. Auguste avait apaisé le Sénat en lui demandant conseil et en les traitant avec respect même quand il disposait de plus de pouvoirs que lui, mais Tibère dédaignait le Sénat et ne s'en cacha même pas. Le sentiment était partagé. Dans de telles circonstances, la paranoïa de Tibère était partiellement compréhensible. Ce qui l'était également, c'est qu'un sénateur accusé de trahison avait besoin d'un complot sérieux.

 

En 23 ap. J.-C., l'unique fils et héritier de Tibère, Drusus, mourut dans de mystérieuses circonstances, et Tibère devint encore plus aigri. En 26 ap. J.-C., il s'installa sur l'île de Capri, dont il fit sa retraite personnelle. Il laissa ses fonctions de gouvernement à un capitaine de la Garde Prétorienne en qui il avait confiance, Sejanus. L'abandon de Tibère offensa le Sénat, et les relations entre le Sénat et l'Empereur se détériorèrent. A Capri, la colère et la paranoïa de Tibère semblent avoir gagné en intensité; sa résidence privée devenait le site d'actes bizarres et pervers de tortures et de dépravation.

 

Sejanus ambitionnait apparemment d'accéder au trône impérial. En 31 ap. J.-C., Tibère apprit que Séjanus avait une liaison avec la femme de Drusus, et que les deux avait conspiré pour empoisonner Drusus. Tibère envoya une lettre au Sénat, qui commençait par faire l'éloge de Séjanus, et qui finissait par la demande de son exécution immédiate. Le Sénat s'y conforma. Mais cet acte de trahison aigrissait encore plus Tibère contre Rome. Sans héritier, Tibère décida de se venger de Rome grâce à son successeur.

 

Le choix de Tibère se porta sur son petit neveu, le jeune Gaius Germanicus. Le père de Germanicus avait été un célèbre général, et le garçon lui-même avait grandi parmi les soldats et était populaire parmi ceux-ci. Ses imperfections étaient cependant évidentes et Tibère lui-même les avait remarquées :"j'ai élevé une vipère dans le sein de Rome "avait-il l'habitude de dire. Le temps lui donnerait raison. Gaius Germanicus est tristement célèbre par un surnom que lui avaient donné les soldat quand il était enfant : Caligula, ce qui signifie "Petite Botte", à cause des bottes minuscules qu'il portait.

 

LA VIPERE DE TIBERE

 

 Les événements liés à la succession de Caligula donne le ton pour le règne qui suivit. En 37 ap. J.-C., Tibère tomba malade et tomba dans le coma. Les physiciens (médecins) était appelés à Capri, où ils déclarèrent que l'Empereur ne survivrait pas à la nuit. A Rome, l'ascension de Caligula était annoncée, les Légions le saluèrent, et la cité le proclama comme son nouveau chef. Mais Tibère se réveilla, s'assit, et réclama quelque chose à manger. Le capitaine de la Garde Prétorienne prit alors les draps et étouffa Tibère avec.

 

Le règne de Caligula fait partie des plus controversés parmi les historiens. Il ne fait aucun doute que c'était une mauvais règne mais dont l'ampleur et les raisons restent encore mystérieuses. Les historiens de la Rome antique vouaient une haine virulente envers Caligula, ce qu'il a probablement mérité, mais la plupart des histoires qu'on a raconté à propos de son règne étaient fausses, comme celle qui dit qu'il avait fait consul son cheval par exemple. Ils n'avaient pas vraiment besoin de le faire -- le règne de Caligula montre assez d'insanités sans embellissement pour convaincre que l'homme n'aurait jamais du être nommé Empereur.

 

L'accession de Caligula a d'abord créé l'allégresse à Rome; Tibère n'était pas aimé, et Caligula était populaire -- pour l'instant. Le nouvel Empereur dépensa le trésor impérial que Tibère avait sauvegardé et protégé en prodiguant fêtes, jeux et autres manifestations populaires. Vers le septième mois de son règne néanmoins, il fut frappé d'une soudaine et sévère maladie qui faillit le tuer. Quand il retrouva ses esprits, il avait changé, et en pire. Il a pu subir des traumatismes au cerveau et devenir psychotique. Il devint probablement épileptique. Quelle qu'en soit la cause, la vipère de Tibère était devenue venimeuse.

 

Les procès de trahison devinrent fréquents et arbitraires. Les châtiments atteignaient une cruauté sans précédent. Les menaces d'accusation de trahison étaient utilisés pour extorquer de l'argent de la part des Romains riches pour subvenir aux habitudes dépensières de Caligula. Ces caprices devenaient de plus en plus fous et inutiles ; une fois par exemple, il décréta qu'un pont de navires devait être construit au-dessus de la baie de Naples. Caligula coucha avec ses soeurs et proclama l'une d'entre elles déesse après sa mort. Il dirigea vainement son armée sur la Gaule, et créa des troubles aux frontières de Rome juste pour s'amuser.

 

Le niveau de folie et de vice de Caligula est contestable. Comme nous l'avons déjà dit, certaines des actions les plus folles étaient inventées par ses ennemis. D'autres ont pu avoir été effectuées comme des rituels magiques. Par exemple, il dirigea ses troupes sur la shore de la Manche, puis leur ordonna de ramasser des coquillages et de les rapporter à Rome, où il déclara qu'il avait conquis la mer. Il demanda également à ses hommes de mettre des perruques blondes et de parader dans Rome en proclamant qu'il avait conquis la Gaule. Ces actions ont pu être dues à la maladie, ou tout simplement à un respect de rituels censés exaucer les voeux de conquête de la Bretagne et de la Gaule. La vérité est perdue au fil des temps.

 

Quelles qu'en soient les raisons, l'horrible règne de Caligula donna à Rome le goût de ce qu'un gouvernement autocratique pouvait donner sous un mauvais gouverneur. En janvier de l'an 41, les Romains en eurent assez; une émeute menée par les Gardes Prétoriennes et plusieurs sénateurs assassinèrent Caligula, puis sa femme et ses enfants. La vipère était écrasée.

 

EMPEREUR PAR ACCIDENT

 

 

 Le règne de Caligula a été si désastreux que le Sénat fit une tentative pour restaurer la République après l'assassinat de l'Empereur fou. (Il ne fut évidemment pas déifié). La Garde Prétorienne préféra le Principat et à l'époque, leurs volontés avaient plus de poids que celles du Sénat. Mais qui allait prendre la place ? Choisir quelqu'un de la lignée de Caligula était hors de question, même si les soldats voulaient un Empereur avec l'héritage de Julius Caesar et d'Auguste. La tradition dit que la Garde Prétorienne patrouillait dans le palais impérial pour chercher la personne et trouva par hasard l'oncle de Caligula, Claudius, caché derrière un rideau. Caligula avait fait exécuté la plupart de ses proches lors de procès pour trahison, et c'était une chance que Claudius avait réussi à l'éviter en prétextant être simplet. Les soldats traînèrent Claudius, effrayé et protestant, de sa cachette pour le proclamer Empereur.

 

Le règne de Claudius est quelque peu difficile à analyser. Les historiens antiques ne l'aimaient pas, et leur travaux tendent à être tournés contre l'empereur par accident. D'autres preuves historiques plus objectives montrent une peinture plus positive de son règne. En tout cas, ce qui était sûr, c'est qu'il présentait une énorme amélioration sur son prédécesseur.

Claude était né dans une famille avec de nombreux liens impériaux et des noms célèbres. Son père, Néron Claudius Drusus, était le frère de Tibère et un général populaire plein de succès. Claudius lui-même était timide, studieux, et physiquement peu impressionnant; la famille impériale le considérait plus comme un embarras. En dépit de sa réputation de simple d'esprit, c'était en fait un homme intelligent, élève de Livy, et auteur d'une dizaines d'ouvrages sur l'histoire de Rome et d'Etruria (ainsi que quelques livres sur les jeux de dés, son passe-temps favori). Sa nomination fut une surprise pour tout le monde, à commencer par lui. A tout considérer, les soldats auraient pu faire un pire choix que le calme et l'intelligent Claudius.

 

Le Sénat ne fut pas particulièrement content de voir Claudius devenir Empereur. Il y eut une tentative avortée de restaurer la République et des rébellions mineures. Un certain nombre de tentatives d'assassinats fut menée contre Claudius au cours de sa première année de règne. Mais Claudius avait le soutien de la Légion et restait ferme voire sans pitié à l'égard des résistances; le Sénat abandonna rapidement et l'accepta bien qu'il ne l'avait jamais aimé. Claudius avait de nombreux amis parmi la classes des hommes libres, et leur réserva des postes dans le service civil, une action que le Sénat trouvait affligeamment "populaire".

 

Claude traita efficacement sinon brillamment les affaires extérieures de l'Empire. Comme il n'était pas soldat lui-même, il laissa aux autres le soin de se battre à sa place. Malgré tout, il voulait étendre la sphère d'influence de Rome, et fit de grands progrès dans cette direction : il ajouta les provinces de Caesariensis and Tingitana en Afrique du Nord, créa la province de Lycie en Asie Mineure, et annexa Thrace. Du point de vue des historiens occidentaux, son acquisition la plus marquante fut la province de Bretagne où il créa les colonies de Camulodonum (Colchester) et de Londinium (Londres). Il ne se laissa pas cependant dépasser par son expansionnisme, évitant de façon judicieuse les guerres contre les tribus germaniques ou les Parthes.

 

L'administration civile de Claudius était aussi efficace et modérée que l'était sa politique extérieure. Bien qu'il ait montré quelques caprices envers certains individus, il améliora grandement le système de la justice, ouvra les droits de la citoyenneté à d'autres groupes, et était tolérant à l'égard des coutumes et religions non romaines. Il répara la cité et construisit de nouvelles infrastructures publiques, étendit le réseau routier à travers l'Empire, réorganisa l'approvisionnement en grain de l'Empire, modernisa le port de Ostie et fonda de nombreuses colonies romaines.

 

Bien que ses affaires publiques eurent été bien menées, Claudius poursuivait la tradition Julio-Claudienne d'avoir une vie privée tumultueuse. Il se maria quatre fois. Il fit exécuté sa troisième femme pour adultère, puis amenda les lois du mariage romain pour pouvoir épouser sa propre nièce, Agrippine la Jeune, arrière-petite-fille de Auguste. C'était certainement une idée d'Agrippine et non celle de l'Empereur; la quatrième femme de Claudius était une femme d'une ambition démesurée. Elle convainquit bientôt Claudius de déshériter Britannicus, le fils qu'il avait eu d'un précédent mariage, en faveur de son propre fils à elle, Lucius Domitius Ahenobarbus. Une fois cela accompli, Agrippine s'occupa du sort de Claudius en lui donnant des champignons empoisonnés. Il mourut en 54 ap. J.-C. après treize ans de règne.

 

Les historiens de la Rome Antique avaient tendance à discréditer Claudius en en faisant un homme faible à la merci de ses épouses et de ses conseillers d'hommes libres de basse naissance. Evidemment, les historiens romains étaient des citoyens de haut rang et leur opinion sur Claudius ne pouvaient qu'être influencée par son manque de respect envers les privilèges des classes supérieures. Les historiens suivants voyaient en Claudius sous un meilleur jour. Bien qu'il ne fut pas l'un des chefs les plus brillants de Rome, il était le seul Empereur de la lignée Julio-Claudienne à se rapprocher de la compétence d'Auguste. Après sa mort, le Sénat approuva officiellement son règne en le déifiant.

 

DAMNE DANS LES MEMOIRES

 

 La seule grande erreur de Claudius a été de permettre à Agrippine de choisir un successeur pour lui. Le fils d'Agrippine, dont le nom fut changé en Néron Claudius Caesar Augustus Germanicus, n'avait pas encore 17 ans quand sa mère arrangea son accession au pouvoir. Agrippine comptait diriger à travers son fils, mais les conseillers de Néron, Burrus et Sénèque, prirent l'Empereur sous leur contrôle, déclenchant la rage d'Agrippine. En 55 ap. J.-C., le fils de Claudius Britannicus fut empoisonné; certains historiens pensent que Agrippine était la responsable, mais d'autres disent qu'Agrippine, furieuse de la rébellion de son fils, commença à conspirer avec Britannicus pour reprendre la place de Néron, forçant Néron à commander l'assassinat de Britannicus. L'année suivante, on obligea Agrippine à prendre sa retraite pour l'empêcher de causer plus de problème.

 

Pendant les cinq premières années de son règne, Néron se montra remarquablement gentil et généreux. Ses conseillers l'encourageaient à s'occuper de son propre plaisir, pour leur laisser mener les affaires de l'Empire, ce qui ne pouvait que satisfaire le jeune Empereur. Il fit voter des lois interdisant les tueries de gladiateurs, et institua un concours de poésie et des jeux athlétiques. Il réduisit également les taxes et permit aux esclaves de se plaindre contre les propriétaires injustes. Sa générosité était à la fois publique et privée; tout en envoyant de l'aide aux villes victimes des désastres naturels, il pardonna les écrivains de vers satiriques qui auraient normalement été exécutés par les Empereurs précédents. En résumé, Néron était un irresponsable et un naïf mais restait un jeune homme inoffensif.

 

Le changement eut lieu en 59 ap. J.-C., quand Néron atteignit l'âge de 21 ans. Sa mère Agrippine était devenue folle de rage et le menaça; Néron la fit assassiner, son premier meurtre officiel. Peu après, il tomba sous l'influence d'une femme nommée Poppaea Sabina, la jeune épouse d'un sénateur, qui devint sa maîtresse. Poppaea supplanta Burrus et Sénèque à la place de conseiller chef de Néron, et elle convainquit Néron de faire assassiner sa femme Octavia (qui se trouvait être la fille de Claudius) pour se marier avec elle, ce qu'il fit en 65 ap. J.-C.

 

A ce moment-là, il devenait évident à Néron qu'il pouvait faire ce qu'il désirait et que personne ne pourrait le contredire. Ce qu'il voulait, c'était d'être acteur et musicien, pas Empereur; il ne montra d'ailleurs aucun intérêt ni talent pour les affaires de l'état. Néron commença à jouer dans des pièces, prenant les rôles qui l'intéressait, et voyagea également dans tout l'Empire pour participer à des concours musicaux (qu'il remportait chaque fois bien entendu) Il fut également impliqué dans un certain nombre de cultes étrangers bizarres. Ce comportement laissait le Sénat et la classe moyenne conservatrice atterrée -- c'était un sérieux affront à la dignité et au décorum demandé à un dirigeant du grand Empire. L'armée aussi, était scandalisée de voir qu'un descendant du vénéré César agissait de cette façon.

 

En 64 ap. J.-C., un énorme incendie ravagea Rome. Des rumeurs prétendirent que Néron lui-même l'avait fait pour pouvoir reconstruire la ville à son goût. La rumeur était fausse, car Néron se trouvait à des kilomètres de là, dans sa villa pendant l'incendie (chantant sur la chute de Troie tout en regardant les flammes à distance, selon la légende). Pour détourner les conversations, Néron accusa une secte religieuse chrétienne peu populaire, devenant ainsi le premier Empereur Romain à persécuter les Chrétiens et acquérant ainsi la réputation d'Antéchrist.

 

Quand l'incendie fut éteint, Néron ordonna la construction d'une nouvelle demeure, gigantesque, le Palais d'Or. A la fin des travaux, elle couvrirait une surface équivalent à un tiers de Rome. Pour la financer, Néron réclama des taxes de plus en plus élevées à Rome et aux provinces, créant de sérieux problèmes économiques dans la population. Avec un manque total du sens du commandement, cette oppression engendra de sérieuses émeutes dans l'Empire; la Bretagne se révolta, ainsi que la Judée et la Gaule, et les Parthes envahirent les terres romaines à l'est.

 

En 65 ap. J.-C., les conspirations contre Néron commencèrent à se former. L'Empereur était protégé pendant un temps grâce aux avertissements de la part des esclaves des conspirateurs, qui se souvenaient toujours des droits qu'ils leur avait conférés. Mais cela ne dura pas. Incapable de disposer de moyens plus subtiles, les Romains se révoltèrent en 68 ap. J.-C. Les Légions en Gaule et en Espagne proclamèrent leur commandant Empereur. Même la Garde Prétorienne répudiait Néron. Le Sénat, lors d'une réunion extraordinaire, déclara que la vie de Néron était déchue, et décréta qu'il devrait être flagellé à mort suspendu sur un croix. Néron s'enfuit de Rome et mit fin à la lignée des Empereurs Julio-Claudiens en  se tranchant la gorge. Le Sénat, loin de déifier Néron, le déclara "Damnatio Memoriae"-- damné dans les mémoires -- et effaça toute trace de son règne dans les écrits.

 

Chapitre V: Les Empereurs Flaviens

 

 La mort de Néron laissa les soldats de l'Empire sans descendant de César à acclamer comme Empereur. La confusion et la guerre civile étaient inévitables. L'an 69 ap. J.-C. est connue dans l'histoire comme "l'année des quatre empereurs "car le siège impérial changea de mains avec les saisons.

 

Les premiers prétendants furent Julius Vindex, gouverneur de Gallia Lugdunensis et commandant de ses armées, et Sulpicius Galba, alors gouverneur de Hispania Tarraconensis. Le voisin de Vindex, le gouverneur Verginius Rufus de la Haute Germanie, envoya ses troupes traverser le Rhin et se ruer sur Vindex, où les soldats de Rufus le forcèrent à saisir le Principat. Mais Rufus résista et donna son soutien à Galba. Le Sénat, impatient d'arrêter le conflit, reconnut Galba comme Empereur. Les activités de Néron avaient vidé le trésor et Galba ne pouvait pas restaurer la stabilité économique assez vite pour plaire à la population; cela, combiné à son grand âge de 73 ans, le rendit impopulaire. Après seulement trois mois, il dut assassiné par la Garde Prétorienne sur les ordres secrets du Sénateur Marcus Salvius Otho.

 

Les prétoriens acclamèrent alors Otho comme Empereur, mais les armées provinciales de la Haute et de la Basse Germanie avaient d'autres idées et proclamèrent leur commandant, Aulus Vitellius Germanicus. L'armée de Vitellius se dirigea sur Rome et vainquit les troupes de Otho. Ce dernier se suicida, et le Sénat acclama Vitellius -- il n'avait pas d'autres choix étant donné que l'armée de celui-ci occupait la ville. A l'est néanmoins, l'autre moitié de l'armée romaine avait choisi un autre empereur : leur commandant, Titus Flavius Vespasanius, qui s'était occupé de la révolte juive en Judée.

 

Une nouvelle dynastie commence

Les fils de Vespasien

 

UNE NOUVELLE DYNASTIE COMMENCE

 

 Au lieu de diriger ses troupes sur Rome, Vespasien décida d'attaquer la ville à son endroit le plus sensible : son estomac. Presque tout l'approvisionnement en grain de Rome venait d'outre-mer, et notamment la fertile vallée du Nil en Egypte. Vespasien se dirigea alors vers l'Egypte et la prit d'assaut, laissant Rome sous la menace d'une famine imminente. Les troupes de part et d'autres de l'Empire se déclarèrent alors en faveur de Vespasien. Même Vitellius voulait céder, mais ses propres troupes ne le lui permettaient pas. Vespasien resta en Egypte et envoya son bras droit, Antonius Primus, avec une armée prendre Rome et disposer de Vitellius, ce qu'il fit en décembre de l'an 69 ap. J.-C. Vespasien fut déclaré Empereur in absentia, et retourna dans la ville en 70 ap. J.-C.

 

Si Rome avait été malchanceuse, Vespasien aurait pu devenir un despote militaire sans pitié. Au contraire, la ville se retrouva avec un dirigeant doté des meilleures qualités romaines : il était honnête, efficace, travailleur et doué militairement. A la fin de son règne de dix ans, il avait acquis le titre de "Second Fondateur du Principat", en prouvant que le gouvernement d'Auguste pouvait réussir dans un descendant d'Auguste à sa tête. (En fait, le Principat était en de meilleures mains s'il ne s'agissait pas justement d'un descendant d'Auguste). Comme Vespasien ne voulait pas déprécier la noble lignée qu'il remplaçait, il devint le premier Empereur à adopter le nom de César comme titre de respect, au lieu de l'intégrer à son propre nom.

 

Vespasien était le premier Princeps qui n'était pas issu d'une vieille famille romaine. Il était originaire des bas pays de l'Italie, et son père était un equite, non un patricien. Vespasien ne devait son admission au Sénat qu'à ses propres mérites. Le désordre dans l'Empire nécessitait un homme ferme, patient et subtile plutôt qu'un homme brillant, et Vespasien détenait ces trois qualités.

Sa première tâche fut de restaurer le contrôle romain sur les provinces perdues par les politiques de Néron. Il vainquit les Gaulois, et son fils, Titus Vespasianus acheva le travail de son père en Judée en détruisant Jérusalem. Les rebelles celtes et pictes en Bretagne étaient pacifiés, du moins temporairement. Se préoccupant d'abord des urgences, Vespasien résout le profond problème en plaçant des gouverneurs provinciaux qui partageaient ses propres valeurs d'honnêteté et d'efficacité. Bien qu'il ait augmenté les taxes pour éponger les énormes dettes contractées par Néron, il utilisa intelligemment l'argent pour restaurer la solvabilité de l'Empire, et investir dans des travaux publics comme le Colisée. Il établit également des salaires pour les professeurs d'éloquence romains et grecs.

 

Vespasien s'entendait bien avec le Sénat même s'il ne lui accordait aucun pouvoir. Il traita ce corps auguste avec respect et courtoisie, bien qu'il ne lui tolérait aucune erreur. Il aida également à diversifier la représentation, en promouvant de nombreux aristocrates provinciaux aux sièges sénatoriaux. Qu'il serait déifié après son règne ne faisait aucun doute, bien que Vespasien lui-même semblait peu enclins aux honneurs; sur son lit de mort, il dit "Bon sang, je me sens devenir un dieu".

 

LES FILS DE VESPASIEN

 

 Un des accomplissements les plus notables de Vespasien fut de convaincre l'armée romaine d'accepter une autre lignée que celle de Julius Caesar, à leur tête. Vespasien était déterminé à fonder une dynastie, disant "Mes fils me succéderont ou personne ne le fera". En fait, ses deux fils lui succédèrent.

 

L'aîné des fils de Vespasien, et son héritier, Titus, fut l'un des Empereurs les plus adorés et les plus malchanceux de l'histoire de Rome. Son père le forma soigneusement pour en faire son héritier, et partagea même le Principat avec lui pendant ses dernières années. Mais Titus mourut d'une fièvre à peine deux ans après son accession, à l'époque de l'éruption du Vésuve qui détruisit les villes de Pompéï et Herculanum, et d'un gigantesque incendie à Rome. S'il avait vécu plus longtemps, il aurait pu se faire des ennemis; mais il mourut au tout début de son règne, et fut instantanément déifié.

 

Vespasien ne s'était jamais préoccupé de préparer son second fils, Domitien, à la fonction d'Empereur. En fait, Titus et lui semblent toujours avoir voulu écarté Domitien du pouvoir et de l'influence de Rome. Il est possible que Vespasien préférait tout simplement Titus qu'il ne supportait aucune compétition pour le règne de son fils aîné, ou pensait-il que son fils cadet n'était pas fait pour être Empereur. Quelles qu'en soient les raisons, le père de Domitien ne l'avait jamais considéré comme son successeur -- Domitien devint naturellement horriblement jaloux de son propre pouvoir quand il acquit le siège impérial.

 

Domitien régnait de façon autocratique dès le début. Il dédaigna le Sénat, l'ignorant la plupart du temps, et l'humiliant quand il daignait remarquer son existence. Les Légions, au contraire, recueillaient ses faveurs et son suffrage. C'est sans doute leur soutien qui lui a permis  de rester aussi longtemps au pourvoir.

En 86 ap. J.-C., cinq ans après son ascension, il décida de ne pas attendre la décision posthume du Sénat et se proclama lui-même dieu vivant. En persécutant le Sénat et les citoyens de Rome de procès et d'exécutions pour trahison, Domitien avait fini par tenir toute la classe supérieure dans un règne de terreur. Publiquement, Domitien décréta que les Romains devaient respecter un code moral strict et élevé, et que tout manquement serait sévèrement punis. Cela donnait une excuse supplémentaire à Domitien pour exercer son pouvoir suprême; dans sa vie privée, il faisait comme il l'entendait, allant même jusqu'à prendre pour maîtresse l'un des ses nièces.

 

Mais la tyrannie de Domitien concernait strictement la cille de Rome même. Il choisissait des gouverneurs compétents pour les provinces, qui avaient trop peu de Domitien pour risquer de commettre des mauvais pas. Sur le plan militaire, Domitien montra peu d'intérêt en acquérant de nouvelles terres pour Rome; son activité en cette matière s'est limitée à contenir une rébellion en Afrique, étendre la province de Bretagne vers l'Ecosse, et luttant avec les problèmes récurrents à Dacia. Chez lui, le seul accomplissement positif de Domitien fut de promouvoir un plan de reconstruction et d'embellissement de Rome. Il n'avait cependant aucun talent de gestionnaire et déclencha des problèmes économiques en finançant ses projets de construction.

 

Les dernières années du Principat de Domitien étaient remplies d'incessants procès de trahisons et d'exécutions qui décimèrent sérieusement le corps du sénat. Finalement, le capitaine de la Garde Prétorienne (avec l'aide de la femme de Domitien), s'arrangea pour assassiner le tyran. Le Sénat -- du moins ce qu'il en restait -- avoua sa propre haine en déclarant le règne de Domitien Damnatio Memoriae.

 

Chapitre VI: Les Empereurs Antonins

 

 Les Empereurs Antonins

 

Fort heureusement, la chute de la dynastie Flavienne n'a pas généré le même chaos que celui qui avait suivi celle des Julio-Claudiens. L'éviction de Domitien semblait avoir été bien coordonnée, le sénat ainsi que la Garde Prétorienne ayant élu un nouvel Empereur avant même que le corps de ce dernier ne se soit refroidi. Le nouvel homme fort de Rome ainsi élu était un vieux sénateur du nom de Marcus Cocceius Nerva. Son premier geste fut de suspendre les lois sur la trahison créées par son prédécesseur et de rappeler tous les exilés politiques. Son accession au trône marque l'aube de ce que l'on a appelé la dynastie Antonine, bien qu'il ne s'agisse en réalité pas d'une authentique dynastie, l'Empereur l'ayant initié n'étant entré en fonction qu'au milieu d'une période donnée, et non à son début.

 

En dépit de la brièveté de son règne, Nerva eut le temps d'accomplir deux choses des plus importantes. D'une part, il put éviter d'être renversé suffisamment longtemps pour que la société romaine se remette de l'assassinat de Domitien, évitant par là même une probable guerre civile. D'autre part, au lieu de tenter d'établir sa propre dynastie comme bon nombre de ses prédécesseurs, Nerva choisit comme successeur le meilleur Empereur potentiel, ce qui permit l'émergence de l'Age d'Or de l'Empire Romain.

 

Au grand dam des historiens, il ne reste que peu de traces dudit Age d'or. La plupart des témoignages qu'il nous reste des premiers Empereurs provient de l'ouvrage de Suetonius, "Les vies des Césars", fascinant livre s'achevant au terme du règne de Domitien. Seuls quelques fragments d'information sur la période lui succédant subsistent encore.

 

L'Empereur modèle

Gardien des frontières

Tranquillatas et Concordia

L'Empereur philosophe

Le dernier des Antonins

 

L'EMPEREUR MODELE

 

 Sous Nerva, le seul risque de coup d'état provenait en réalité des Légions, qui n'appréciaient guère l'idée d'être gouvernées par un sénateur sans aucune expérience militaire. Cependant, le choix de Nerva concernant son successeur eut tôt fait de calmer les esprits. Marcus Ulpius Traianus, car c'était de lui qu'il s'agissait, plus connu sous le nom de Trajan, était en effet un général aussi célèbre que respecté. Nerva en fit même son propre fils, fait unique à une époque où l'on choisissait toujours un héritier parmi sa famille, fut-elle directe ou par alliance. Trois mois après l'adoption, Nerva décéda de mort naturelle, ce qui n'est pas moins rare pour un César. Bien que n'ayant servi que deux trop courtes années, il fut sans contestation aucune déifié par le sénat.

 

Trajan fut le premier Empereur de Rome à, non seulement ne pas avoir la nationalité romaine, mais de surcroît à n'être pas même Italien, étant né dans une famille de l'aristocratie espagnole ! En outre, il possédait des vertus aussi rares chez les Césars que l'affabilité, la modestie et l'humilité. Bien qu'étant clairement un autocrate, il n'était affligé d'aucun des vices de Domitien, et régna en despote éclairé adoré par son peuple. Sans que jamais son autorité ne soit mise en doute, il traita le sénat avec courtoisie et respect, et se lia même d'amitié avec bon nombre de ses membres. Du reste, lui aussi avait répété le serment de Nerva de ne jamais faire assassiner de membre du sénat lors de son intronisation. C'est ainsi qu'il parvint à gagner de tous le respect, mais également l'amour, une tâche sans aucun doute bien plus ardue.

 

Apprécié à Rome, le nouveau César consacra beaucoup d'argent à l'amélioration des conditions de vie dans lesdites provinces, notamment par la construction de nombreuses routes. Enfin, Trajan se montra impitoyable avec les gouverneurs coupables d'abus de pouvoir envers leurs sujet, n'hésitant pas à les traduire lui-même en justice. Pour ce qui est des affaires étrangères, il abandonna la politique d'Auguste visant à limiter l'expansion de l'Empire et créa quelques nouvelles provinces, telles que l'Arabie, l'Assyrie et l'Arménie. Il conquit également Dacia la retorse, dont les mines d'or constituèrent pour lui une manne des moins négligeables. Sous le règne de Trajan, l'Empire Romain atteint son expansion géographique la plus importante.

 

Il fut l'initiateur de nombreuses constructions à Rome et dans les provinces, réorganisa les finances impériales et mis en place des subventions destinées à venir en aide aux orphelins. Il effectuait de plus régulièrement des donations aux oeuvres de charité et organisait de grands festivals pour le bonheur de son peuple, dont l'un dura plus de cent jours ! En 114 ap. J.-C., le Sénat lui décerna le titre d'"Optimus"("Le Meilleur"), l'un des rares honneur qu'il ait accepté qu'on lui accorde. Bien qu'ayant publiquement à de nombreuses reprises exprimé son désaccord avec la politique de déification des Empereurs, il fut bien évidemment sacré Dieu à sa mort, ce qui l'aurait sans doute plongé dans l'embarras le plus profond s'il avait été là pour l'entendre.

 

GARDIEN DES FRONTIERES

 

 Tandis qu'il préparait une nouvelle campagne militaire en Mésopotamie, Trajan tomba très malade et fut pris de violentes fièvres. Sur son lit de mort, il adopta Publius Aelius Hadrianus - un membre lointain de sa famille, ami de longue date - pour fils et en fit son héritier. S'il était comme son prédécesseur général et Espagnol, ne partageait cependant pas ses convictions concernant l'expansion de l'Empire, et revint aux théories d'Auguste selon lesquelles il fallait le conserver dans des frontières défendables. L'un de ses premiers geste fut de se retirer des conquêtes de l'est, abandonnant l'Assyrie et restaurant pour l'Arménie le statut d'état allié de Rome, et non de province. Si sa retraite d'Assyrie causa le mécontentement de bien des généraux Romains, elle n'en était pas moins une décision des plus sages; cette nouvelle province n'avait en effet jamais totalement été conquise, juste envahie, et la rébellion se préparait déjà. Par ailleurs, il fit en Angleterre et en Allemagne construire d'imposantes murailles pour se prémunir des invasions de barbares.

 

Hadrien était un Empereur à la fois talentueux et libéral dont les aptitudes étaient égales dans les aspects militaires, administratifs et politiques de sa position. Il fut fortement influencé par la pensée grecque, et il pensait que "le Souverain existe pour l'Etat et non l'Etat pour le Souverain". Ses origines provinciales l'amenèrent à considérer l'Italie et Rome comme les composantes d'une entité plus vaste, et il offrit des sièges de sénateurs à de nombreux provinciaux. Le changement administratif le plus sérieux opéré par Hadrien fut l'abolition de l'obligation pour les Equites de servir dans l'armée avant de pouvoir mener une carrière civile. Bien que tout ait bien fonctionné pendant un temps, ce fut le début de la séparation entre les branches militaire et civile du gouvernement, ce qui aurait de lourdes conséquences au cours des années suivantes.

 

A l'instar de Nerva et de Trajan, Hadrien fit lui aussi le serment de ne pas exercer de répression féroce envers les membres du Sénat, et respecta tout autant cette institution. Pourtant, le Sénat ne lui rendit jamais tout à fait l'affection et la confiance qu'il plaçait en lui. Il lui manquait le charisme d'un Trajan, sa politique étrangère semblait aux tribuns frileuse et bien peu glorieuse, et il accordait trop d'attention aux provinces au détriment de Rome.

En 115 ap. J.-C., Hadrien fut frappé par une maladie débilitante incurable. Son règne devint alors bien plus tyrannique qu'auparavant, et il se mit à se chercher un successeur avec ferveur. Il n'avait aucun enfant ou allié proche pouvant remplir cet office; il avait toujours eu une attitude distante, ce qui est du reste l'une des raisons pour lesquelles il n'avait jamais été apprécié du Sénat. Après avoir considéré puis écarté diverses solutions, il fixa son choix sur Titus Aurelius Antoninus, un sénateur âgé de plus de cinquante ans, et l'adopta afin d'en faire son héritier. Mais inquiet de ce que son poulain soit lui-même proche de la mort, il lui fit à son tour adopter deux jeunes garçons de son choix, Marcus Aurelius Antoninus (Marc-Aurèle), seize ans, et Lucius Verus, de neuf ans son cadet. Peu après ces événements, Hadrien passa de vie à trépas.

 

TRANQUILLATAS ET CONCORDIA

 

Hadrien n'avait aucune raison de se faire du souci pour la santé de son héritier, puisque le nouveau César régna lui aussi durant plus de vingt ans, et fut selon quelques sources "l'Empereur le plus aimé de tous". Les pièces frappées sous Antoine portaient gravés les mots "Tranquillitatas" et "Concordia", littéralement "tranquillité" et "paix".

La première action entreprise au début de son règne fut d'exercer une pression considérable sur le sénat afin de le contraindre à déifier Hadrien. Comme nous l'avons vu plus haut, ce dernier n'a en effet jamais été très populaire, en dépit de ses compétences, mais les discours enflammés d'Antoine finirent par avoir raison des scrupules du Sénat, qui précéda également le nom d'Antoine du préfixe "Pius", en hommage à son père adoptif. A l'instar des deux précédents césars, Antoine était un provincial, né de père Gaulois et de mère Espagnole.

 

Les témoignages du règne d'Antoine sont hélas aujourd'hui très rares, mais le peu qu'il nous reste est unanimement positif. Le nouveau Princeps parvint à réaliser un tour de force dont rêvent bien des politiciens contemporains : celui de baisser les impôts tout en augmentant les dépenses publiques. Il mit également en oeuvre une réforme du code civil romain visant à rétablir l'impartialité de la justice et l'équité des citoyens devant la loi. Enfin, s'il dut bien défendre en quelques occasions des frontières de l'Empire menacées, et repousser quelques raids de barbares, il eut le mérite de ne déclarer aucune guerre durant son règne.

 

Afin d'assurer sa succession, Antoine accéda aux souhaits passés d'Hadrien et maria sa fille à Marc-Aurèle, l'un des enfants qui lui avaient été ordonné d'adopter, et en fit son héritier. A sa mort, en 161 ap. J.-C., il fut longtemps pleuré et regretté dans tout l'Empire, et promptement déifié. Enfin, en guise d'ultime hommage, toute la lignée des Empereurs de l'Age d'Or furent dotée de son nom : les Antonins.

 

L'EMPEREUR PHILOSOPHE

 

 Marc-Aurèle fut un César tout à fait dans la lignée d'Antoine : calme, tranquille et pacifiste. Mais s'il avait hérité de la personnalité de son prédécesseur, il lui manqua en revanche sa bonne fortune.

 

Marc-Aurèle aurait sans doute été bien plus heureux comme philosophe ou érudit que comme Empereur. Ses nombreux écrits qui sont parvenus jusqu'à nous à travers les siècles révèlent un homme d'âme noble, réfléchi et consciencieux, bien qu'assez pessimiste, ce qui est aisément compréhensible, étant donné les événement ayant émaillé son règne. Il n'appréciait guère la tâche que lui avait décerné Antoine, mais avait le sens du devoir et tint son rang du mieux qu'il put.

Bien que Marc-Aurèle se soit acquitté de sa tâche avec les honneurs, son désintérêt profond pour la fonction d'Empereur l'a probablement amené à faire en quelques occasions de graves erreurs de jugement. Dans sa volonté de respecter scrupuleusement les volontés d'Hadrien, il nomma dès son entrée en fonction son frère adoptif Lucius Verus co-Empereur. Si ce dernier était un être arrogant et stupide, il n'était heureusement cependant pas très ambitieux, et se contenta sans peine de vivre de fêtes et d'orgies tandis que son frère s'occupait de gouverner. Cependant, ce partage du pouvoir créa un précédent malheureux qui augurait de la future division de l'Empire.

 

Très vite, Marc-Aurèle connut des problèmes bien plus graves que la présence d'un frère totalement irresponsable à ses côtés. L'agitation régnait sur beaucoup de frontières de l'Empire, et par un curieux paradoxe, le très pacifique Marc-Aurèle fut contraint de passer plus de temps en campagne, à la tête de ses troupes, que n'importe quel César l'ayant précédé. Les Parthes l'envahirent à l'est, tandis que la Gaule se révoltait ainsi que la Mauritanie, de plus, une rébellion vit le jour dans le Delta du Nil ! Pire encore, les tribus germaniques de la région du Danube s'allièrent et écrasèrent les Légions romaines, puis progressèrent à travers Noricum et Pannonia jusqu'à l'Adriatique. L'empereur fut forcé de vendre des biens impériaux afin de réunir les fonds nécessaires à la levée d'armées pour lutter sur tous ces fronts, et d'enrôler gladiateurs et esclaves dans ses troupes pour pallier à la déficience d'hommes valides. Il parvint tout de même à faire battre en retraite les tribus germaniques, mais au prix de lourdes pertes. Pour finir, les soldats de retour de la campagne les opposant aux Parthes ramenèrent avec eux une épidémie aussi contagieuse que dévastatrice, qui ravagea Rome et plusieurs autres cités de l'Empire ! Quelques historiens avancent cette épidémie comme étant l'une des raisons majeure du déclin de Rome.

 

En 177 ap. J.-C., une fausse rumeur se propagea dans Rome, attestant que Marc-Aurèle avait été tué lors d'une bataille. Un général romain en profita pour essayer de renverser le gouvernement afin de se faire sacrer empereur à son tour. Bien que cette tentative de coup d'état ait échoué, elle amena Marc-Aurèle à commettre sa seconde erreur : il nomma son fils Lucius Aelius Aurelius Commodus, âgé de seize ans à peine, co-empereur. Lorsque trois ans plus tard, il décéda cette fois pour de vrai lors d'une campagne, il fut déifié et Commode proclamé empereur.

LE DERNIER DES ANTONINS

 

 Marc-Aurèle, qui avait géré l'Empire avec sagesse tout au long de son règne, commit cependant une énorme bourde en abandonnant la tradition voulant qu'un César choisisse son successeur en fonction de ses compétences, et non par les liens du sang. Commode ne voulait pas du titre d'Empereur, et n'était certes pas qualifié pour cette lourde tâche. Le sens du devoir ne comptait pas au nombre de ses qualités, et il ne tenta même pas d'assumer sa charge au mieux. Il était une fois de plus la preuve vivante que les jeunes hommes immatures ne devaient à aucun prix accéder au poste de César.

 

Commode était passionné par le sport, et voulait devenir un super athlète. Il commença donc à organiser et sponsoriser de nombreuses compétitions sportives auxquelles il participait (et qu'il remportait systématiquement). Il alla même jusqu'à descendre dans les arènes pour y combattre en tant que gladiateur, comme n'importe quel esclave. Bien qu'il se prenne pour la réincarnation d'Hercule, Commode était à la fois lâche et cruel. Il traitait le Sénat avec mépris, multipliant les indicateurs dans leur entourage et les procès pour haute trahison. Quant à la Garde Prétorienne, il ne cessa au contraire de la couvrir de pots de vin pour s'assurer sa fidélité.

 

Heureusement pour lui, Commode avait la chance de disposer de généraux compétents pour assurer la sécurité le long des frontières, alors que lui-même n'accordait aucune attention à la préservation de l'Empire. Mais il créa un grand ressentiment parmi son peuple en levant des taxes toujours plus lourdes afin de payer les multiples tournois sportifs qu'il organisait. Grisé par son propre pouvoir, il suivit les traces du dernier grand tyran romain et s'auto proclama Dieu vivant. Peut-être, à l'instar de Domitien, réalisait-il que ses chances de déification posthume étaient plus que minces, et que la seule adoration qu'il obtiendrait jamais devrait être obtenue de force, de son vivant.

 

Le règne de Commode s'acheva du reste de la même façon que celui de Domitien : par la trahison de ses proches. Le capitaine de la Garde Prétorienne et la maîtresse favorite du César s'allièrent et achetèrent son sparring-partner pour qu'il l'étrangle durant un entraînement à la lutte. Le Sénat ne perdit bien évidemment pas de temps à déclarer le règne de Commode Damnatio Memoriae.

 

Chapitre VII: Le Long Déclin

 

 La mort de Commode en 192 ap. J.-C. marqua le début d'une année fertile en empereurs et en assassinats, bon nombre de généraux tentant par le biais de la guerre civile de s'approprier le pouvoir. Mais cette fois, il n'y aurait hélas pas de Vespasien pour sortir Rome de l'ornière. C'est Septime Sévère qui obtint le sacre en 193 ap. J.-C. Il pensait que le pouvoir à Rome ne reposait que sur l'appui des armées, et se montra très généreux avec ses Légions, tout en ignorant Sénat et traditions de gouvernement romaines.

 

Septime Sévère fonda une dynastie des plus catastrophiques, les Empereurs Severins, qui se montra totalement incapable de rétablir ne serait ce qu'un semblant d'ordre au sein de l'Empire. Tout au long des cinquante années que durèrent leur règne, ils accrurent toujours davantage le pouvoir des Légions au détriment de celui du gouvernement civil, ce qui les mena tout droit à une conclusion des plus prévisibles : en 235 ap. J.-C., Septime Sévère Alexandre, dernier de la lignée, fut assassiné par ses propres troupes lorsqu'il ne paya pas un pot de vin promis au préalable. Durant le demi siècle suivant, le pouvoir fut détenu par quinze Césars différents. Le seul d'entre eux ayant démontré une quelconque aptitude pour l'exercice du pouvoir fut Aurélien, (270 à 275) et apporta une paix fragile à l'Empire avant d'être exécuté par quelques uns de ses propres officiers. Aurélien fut le premier empereur à se réclamer de gouverner par la volonté de Dieu (dans son cas, le soleil invaincu); ainsi, son règne est souvent considéré comme étant la période ou le Principat (dignité impériale) devint le "Dominat", en référence au titre d'Aurélien de Dominus et Deus (maître et Dieu).

 

L'ordre fut brièvement restauré avec l'ascension de Dioclétien en 284, mais cette restauration nécessita une complète révision du gouvernement. Pour ce faire, Dioclétien mit en place une toute nouvelle structure appelée tétrarchie. Au sommet de la pyramide de ce nouveau système se trouvaient deux co-Empereurs, les "Augustes", ainsi que deux vice-Empereurs bien plus jeunes, appelés "Césars". C'est également durant cette période qu'il apporta une autre innovation de taille, rendue nécessaire par le déclin des naissances et la pénurie d'hommes au sein de l'Empire. Dioclétien édicta une loi selon laquelle les Romains étaient dans l'obligation d'embrasser la même profession que leurs pères, les fils de soldats demeurant soldats, les fils de fermiers, fermiers. De plus, les les déplacements des paysans étaient limités aux terres qu'ils labouraient, ils ne pouvaient pas se rendre ailleurs sans la permission de l'Empereur. Dans ces lois, on discerne clairement les prémices du système féodal.

 

La tétrarchie de Dioclétien ne lui survécut cependant pas, ce qui ne fut une surprise pour personne, et vingt ans de chaos absolu lui succédèrent. En 324 ap. J.-C., l'Empereur Constantine parvint au pouvoir,  et opérait deux changements de taille dans la société romaine. D'une part, Constantine fut le premier empereur à se convertir au catholicisme, qu'il érigea au rang de religion d'état. Par ailleurs, il ordonna la construction d'une "nouvelle Rome" sur le site de l'antique cité de Byzance, qui devint après sa christianisation Constantinople, et prit tant d'importance qu'elle devint rapidement le centre d'activité le plus important de l'Est de l'Empire. Il envisagea du reste plusieurs religions différentes, dont le Mithraïsme, avant d'arrêter son choix sur le christianisme. Mais même si sa recherche fut guidée par le pragmatisme, il est probable que sa conversion fut sincère, car c'était un homme empreint de spiritualité.

 

La création de Constantinople initia la séparation des moitiés est et ouest de l'Empire. Une grande part de l'administration qui était jusque là conduite à Rome fut délocalisée vers la nouvelle cité. En 364 ap. J.-C., l'Empereur Valentin divisant officiellement l'Empire en deux, s'adjugeant la partie ouest tandis qu'il confiait l'est à son frère Valens.  Ceci accéléra le processus de déclin amorcé avec la tétrarchie chère à Constantine, car aucuns des quatre co-dirigeants n'avait voulu de Rome comme base principale. Au début du Ve siècle, la dégénérescence de Rome était si avancée qu'Alaric, chef de la tribu germanique des Wisigoths, parvint à envahir et à mettre à sac l'ex-glorieuse cité sans rencontrer de résistance majeure. Alaric, récemment converti au Christianisme, pilla les temples païens mais laissa les églises intactes.

 

En 406 ap. J.-C. débutèrent, en provenance d'Asie, les grandes invasions des Huns, avec à leur tête Attila. Devant la férocité des envahisseurs, beaucoup de tribus s'enfuirent vers l'est ou l'ouest. Coincés entre les Mongols et les Romains, les Germains adoptèrent la politique du moindre mal et déferlèrent conséquemment vers Rome. L'Empereur fut forcé de rappeler les troupes stationnées dans les provinces pour qu'elles participent à la défense des zones centrales de l'Empire, abandonnant la Bretagne aux Pictes et aux Celtes, qui firent très vite à leur tour l'objet d'une invasion des Angles, Saxons et Jutes. L'Espagne devint alors indépendante, et les Vandales mirent la main sur l'Afrique du Nord. Vers 450 ap. J.-C., l'Empire Romain avait pratiquement disparu, la compétition étant engagée entre les différentes tribus germaniques pour savoir qui récolterait la plus grande part du butin. Le vainqueur de cette épreuve fut Odocaer, leader d'une armée de mercenaires germaniques, qui entra dans Rome, renversa son tout dernier "César" (Romulus Augustulus), s'assit sur le trône et se proclama Roi d'Italie. Bien que la partie Orientale de l'Empire ait survécu sous le nom d'Empire Byzantin, avec Constantinople pour capitale, rie

Par QUERE
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Jeudi 23 juin 2005

Les croisades

 

Dieu le veut !  La Terre sainte aux mains des infidèles  Des raisons politiques et économiques  

Vers Jérusalem  La "croisade des gueux"  La première croisade  La pénible marche vers Jérusalem  La prise de Jérusalem  

Revers militaires avantages économiques  La deuxième croisade (1147-1149)  La "croisade des rois" (1189-1192)  La "croisade de Venise" (1202-1204)  Le bilan d'un échec et autres croisades

 

 

 

En ce jour de novembre 1095, malgré le froid et la neige tombée sur la montagne entourant Clermont, capitale de l'Auvergne, une grande foule s'était rassemblée pour la venue du pape Urbain II. Quand celui-ci prit la parole du haut d'une simple tribune en bois, il se fit un grand silence. Tout le monde devinait que le pape allait parler des nouvelles qui s'étaient répandues dans toute l'Europe à propos de la Terre sainte. Et ces nouvelles étaient désastreuses pour la chrétienté.

 

 

 

Dieu le veut !

Urbain s'adressa à la foule en français : "Ô peuple des Francs ! Peuple aimé et élu de Dieu ! De Jérusalem la grave nouvelle qu'une race maudite, totalement étrangère à Dieu, a envahi les terres chrétiennes, les dépeuplant par le fer et le feu. Les envahisseurs ont fait des prisonniers : ils en prennent une partie (qu'ils installent) comme esclaves sur leurs, les autres sont mis à mort après de cruelles tortures. Ils ont détruit les autels après les avoir profanés. Cessez de vous haïr ! Mettez fin à vos querelles ! prenez le chemin du Saint Sépulcre, arrachez cette terre à une race maligne, soumettez-la !

Jérusalem est une terre fertile, un paradis de délices. Cette cité royale, au centre de la terre, vous implore de venir à son aide. Partez promptement et vous obtiendrez le pardon de vos fautes ! Souvenez-vous aussi que vous recevrez pour cela des honneurs et la gloire éternelle au royaume des cieux."

Un frémissement, des murmures, des cris d'indignation étouffés parcoururent alors la foule.

Un célèbre moine prédicateur qui participait au concile de Clermont convoqué par le pape, Pierre d'Amiens, dit Pierre l'Ermite, poussa ce cri : "Dieu le veut !" ; la foule le reprit comme un grondement de tonnerre : "Dieu le veut !"

C'est ainsi que commença la première d'une longue série de guerres, appelées croisades, qui durant deux siècles, devaient opposer la croix du Christ au croissant de l'islam.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La Terre sainte aux mains des infidèles

Combien de participants à cette réunion se rappelaient-ils, en quittant Clermont, que le concile avait été convoqué par le pape Urbain pour un tout autre but, puisqu'il devait établir des règles en vue de maintenir la paix entre les États et les peuples chrétiens ?

Or les croisades allaient représenter les entreprises militaires les plus importantes et les plus sanglantes de l'histoire médiévale. A l'origine de cette offensive de la chrétienté contre l'islam, il y a des causes et des prétextes très divers.

Dans le monde islamique, des changements importants étaient intervenus. Les Arabes, civilisés et tolérants, avaient toujours accueilli les pèlerins chrétiens en Terre sainte, et plus volontiers encore les marchands venus d'Occident. Or, Leur pouvoir en Palestine avait été réduit par l'avancée des Turcs Seldjoukides.

Ces musulmans étaient beaucoup plus rudes et intolérants que leurs coreligionnaires arabes. Au XIe siècle, ils occupaient la Mésopotamie, la Syrie, les ports du Levant et la Palestine avec tous ses lieux saints, Bethléem, Nazareth, Jérusalem. C'est surtout l'occupation de la ville sainte qui révoltait l'Occident, car elle abritait le Saint Sépulcre.

Même si, par la suite les faits furent exagérés (et parfois falsifiés), il est vrai que les pèlerins chrétiens en Palestine furent en butte à la persécution des Turcs. Le désir d'arracher ces régions des mains des "infidèles" fut un puissant stimulant religieux, qui poussa de nombreux fidèles à endosser la tunique blanche "croisée", c'est-à-dire marquée de la croix rouge du Christ.

Vers la même époque, les premiers succès remportés par les chrétiens espagnols dans leur entreprise de "reconquête" (ou reconquista) de la péninsule enthousiasmaient l'Occident. Ils renforcèrent la détermination des croisés.

 

 

 

Des raisons politiques et économiques

L'avancée des Turcs menaçait directement l'Empire byzantin qui, durant sept siècles, avait constitué le rempart contre lequel s'était brisée l'expansion islamique à l'est du continent européen.

L'INTÉRÊT DES PETITES GENS

 

L'enthousiasme pour la croisade fut énorme : des dizaines de milliers de personnes, y compris les femmes, les vieillards, les enfants, se déclarèrent prêtes à partir libérer le Saint Sépulcre.

Il est hors de doute que la ferveur religieuse fut le moteur principal de cet immense élan. Mais d'autres facteurs alimentaient aussi cet enthousiasme.

Le pape délia serviteurs et vassaux de leur serment de fidélité envers leurs seigneurs durant toute la période de la croisade. C'était une aubaine pour des centaines de petits vassaux, mais encore plus pour des milliers de paysans et de serfs, pour lesquels la croisade était l'occasion inespérée de sortir de leur condition et de devenir riches.

L'indulgence plénière, c'est-à-dire le pardon de tous les péchés qu'ils avaient commis, était en outre accordée aux croisés. De plus, ceux-ci ne pouvaient être jugés, s'ils commettaient quelque crime, que par des tribunaux ecclésiastiques, qui étaient disposés à fermer les yeux sur les fautes commises pour la "cause sacrée".

Dans les visées de certains souverains occidentaux, les croisades devaient permettre de venir en aide aux Byzantins, mais aussi d'établir, pour leur propre compte, des esclaves "latines", ou catholiques, en Terre sainte. Cet objectif était notamment soutenu par les républiques maritimes italiennes : les Turcs, en effet, avaient coupé les routes du grand commerce avec l'Orient. Des ports et comptoirs sous domination chrétienne permettraient de rouvrir ces routes, pour le plus grand profit des commerçants génois ou vénitiens.

Le projet d'expéditions en Orient excitait aussi l'imagination de centaines de chevaliers et de barons désargentés et sans fiefs, de cadets ou de simples aventuriers qui espéraient conquérir au loin les terres et les richesses qu'ils n'avaient pu trouver en Occident. De plus, la bénédiction de l'Église et l'approbation de toute la chrétienté les auréolaient d'un grand prestige.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Vers Jérusalem : la "croisade des gueux"

" Dieu le veut ! Dieu le veut !" : tel fut le cri de ralliement qui marqua le début des croisades.

Urbain II avait fixé au mois d'août 1096 le départ de la grande expédition. Mais des dizaines de milliers de personnes s'étaient spontanément mises en route avant la date prévue.

Sans protection armée, elles couraient au massacre. Plus de 12 000 personnes - femmes accompagnant leur mari, paysans à la foi ardente désireux de fuir les servitudes féodales, enfants et vieillards convaincus de faire tomber les remparts de Jérusalem par la force de leurs prières - étaient parties de France en mars, conduites par Pierre l'Ermite et un noble au nom évocateur, Gauthier Sans Avoir. Il ne se trouvait parmi elles, en tout et pour tout, que huit chevaliers.

Dans le même temps, 5 000 personnes s'étaient mises en route en Allemagne et descendaient la vallée du Danube sous la conduite d'un prêtre, Gottschalk. Un troisième groupe, commandé par le comte Emich de Leisingen, partit de Rhénanie.

Munie de très peu d'armes et d'un maigre ravitaillement, un peu comme des pèlerins se rendant dans le comté voisin, cette foule descendit le Danube avec l'intention de rejoindre Constantinople et, de là, la Palestine : presque tous ignoraient où se trouvaient ce pays.

Cette "croisade des gueux", comme on l'appela par la suite, se transforma en fléau. Les croisés saccagèrent des villages entiers pour obtenir de la nourriture, menacèrent d'innocents groupes de juifs, qualifiés d'"ennemis du Christ".

Ces rapines et ces violences provoquèrent la réaction armée des habitants des régions traversées par les croisés. De nombreux survivants atteignirent Constantinople et en saccagèrent les faubourgs. L'empereur byzantin leur fit traverser le Bosphore, mais leur conseilla d'attendre l'arrivée de la véritable armée des croisés.

Ce fut en vain. La foule poursuivit sa marche jusqu'à Nicée, une place forte turque. Là, elle se disposa en ordre de bataille : quelques escouades d'archers turcs, sortis de la ville, suffirent ç décimer ces malheureux rêveurs.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Vers Jérusalem : les barons de la première croisade

Entre l'été et l'hiver 1096 se mit en marche la gigantesque machine de la première véritable croisade. Elle fut appelée "croisade des seigneurs", car aucun roi ne s'y était associé. En effet, à la suite de lutte entre la papauté et l'Empire, différents souverains -Philippe Ier, roi de France, Guillaume II, roi d'Angleterre, l'empereur Henri IV - avaient été excommuniés par le pape et ne pouvaient y participer.

Mais les chefs de la croisade étaient valeureux et acquirent rapidement un grand prestige : ainsi se distinguèrent le duc Godefroi de Bouillon, le plus vaillant chevalier du groupe, courageux au combat et débordant de foi, le vénérable Raymond IV, comte de Toulouse, âgé mais chargé de gloire et d'expérience pour avoir déjà combattu les musulmans en Espagne. Le fier Normand Bohémond de Tarente était populaire parmi les guerriers expérimentés, ainsi que Tancrède de Hautevile, son neveu, l'"incarnation de l'idéal du chevalier chrétien". Le gros de l'expédition croisée était composé de contingents français ou, plus généralement, de souche franque. A telle enseigne que les musulmans, voyant fondre sur eux cette avalanche d'armées chrétiennes communiquant entre elles le plus souvent en français, prirent l'habitude d'appeler "Francs", pendant des siècles, tous les chrétiens d'Europe.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Vers Jérusalem : la pénible marche

Les armées, composées d'environ 30 000 hommes au total, qui s'étaient rassemblées en divers points de l'Europe, se mirent en marche, en utilisant des routes différentes, pour aboutir à Constantinople. Le commandement unique fur confié à Godefroi de Bouillon, qui rejeta aussitôt fermement la proposition de Bohémond de Tarente de s'emparer de la capitale byzantine, affirmant être venu "uniquement pour combattre les infidèles". Mais l'idée de mettre la main sur la riche cité de Constantinople demeura présente.

L'empereur byzantin approvisionna les troupes croisés, déjà bien épuisées, et s'engagea à les assister militairement. Il fut soulagé lorsqu'elles se mirent enfin en route vers Jérusalem.

Les discordes ravageaient l'armée croisée : Godefroi commandait... quand on le lui permettait. Mais la division encore plus accentuée régnant chez les musulmans favorisa les croisés. Les troupes chrétiennes occupèrent Nicée sans grandes difficultés. Par la suite, elle affrontèrent les Turcs à Dorylée (l'actuel Eski-Chéhir) dans une bataille très dure mais victorieuse. C'est alors qu'elles durent affronter leur ennemi le plus impitoyable : une marche de 800 kilomètres sous un soleil ardent, dans des régions dépourvues d'eau, alors que les vivres manquaient et que les tribus bédouines les harcelaient sans cesse.

Bien plus que les batailles, ces difficultés décimèrent l'expédition. L'hiver 1097 fut particulièrement pénible : après le soleil et la soif, les croisés affrontèrent le vent et le froid, la  faim et les épidémies, sous les remparts d'Antioche, dont les habitants résistèrent huit mois. De nombreux chrétiens désertèrent et s'embarquèrent à leurs frais sur des navires génois et vénitiens pour revenir en Europe. Cependant, beaucoup d'autres, les plus dévots et les plus solides, résistèrent. Parmi ceux-ci survécurent ceux qui s'étaient nourris pendant des semaines avec des "cannes douceâtres appelées zucra en arabe" : les Européens avaient découvert le sucre.


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Jeudi 23 juin 2005

 

 

 

 

La Prise de Jérusalem

Antioche, assiégée par les croisés, résistait depuis huit mois. C'st alors que les croisés apprirent l'arrivée, en renfort des assiégés, d'une forte armée turque. Cette nouvelle suscita un tel mouvement de crainte et de désespoir qu'ils redoublèrent leurs assauts et prirent Antioche en une semaine. La ville fut livrée au pillage. L'audacieux Bohémond conduisit ensuite les troupes croisées contre l'armée turque, qui fut vaincue : c'était durant l'été 1098. Six mois passèrent, pendant lesquels les croisés reprirent des forces et se réorganisèrent. Avant d'atteindre Jérusalem, il leur restait à parcourir une longue route sous l'ardent soleil. Le 7 juin 1099, trois ans après leur départ d'Occident, 12 000 soldats du Christ, déguenillés, tombèrent à genou en pleurant lorsqu'ils aperçurent au loin les remparts puissants et élevés de Jérusalem, la Ville sainte ! Tant de souffrances avaient été endurées pour chasser les Turcs de cette ville !

C'est alors que les croisés découvrirent que ces derniers n'étaient plus à Jérusalem. Un an avant leur arrivée, ils en avaient été chassés par les soldats du calife d'Égypte, adversaire de l'usurpateur turc. Godefroi de Bouillon fit dresser les tentes autour de la ville et installer les machines de sièges, les tours pour l'escalade des remparts, construites par les charpentiers génois, les catapultes et tous les engins conçus par les techniciens militaires. La garnison de la place, qui ne dépassait pas le millier, observa tous ces travaux avec étonnement et quelque crainte. Le calife envoya ses ambassadeurs auprès des chefs croisés : il promettait, comme autrefois, toute liberté aux pèlerins pour séjourner dans la ville et visiter les lieux saints. Les chefs de la croisade tinrent conseil. Allait-on abandonner, si près du but, l'objectif principal de l'expédition et s'interdire de former des royaumes latins en Orient, alors même que certains chevaliers s'étaient déjà taillé quelques fiefs dans les territoires conquis ? Aussi exigèrent-ils une reddition sans conditions. Les musulmans refusèrent. Le siège de la ville commença.

Durant quarante jours, les mille défenseurs résistèrent aux douze mille croisés qui les assiégeaient. Le 15 juillet, Godefroi, Tancrède et leurs hommes réussirent à escalader les remparts de la ville. A coups de hache, ils atteignirent les portes, qu'ils ouvrirent toutes grandes. Les soldats se ruèrent dans la cité. Exaspérés par les privations, exaltés par les privations, exaltés par les harangues des prédicateurs, affamés, ils ne pensèrent plus qu'à se venger et à rançonner la population, comme ils l'avaient déjà fait lors de la prise d'Antioche. Ce fut une page peu glorieuse dans l'histoire de la chrétienté. Un témoin oculaire, Raymond d'Agiles, raconta :

 "On vit alors des choses jamais vues. De nombreux infidèles furent décapités, tués par les archers ou contraints de sauter du haut des tours. D'autres encore furent torturés puis jetés dans les flammes.

On pouvait voir dans les rues des morceaux de têtes, de mains et de pieds. On chevauchait partout sur des cadavres. Ce fut un tel massacre dans la ville que les nôtres marchaient dans le sang jusqu'aux chevilles.

Les croisés pillaient à satiété : ils parcouraient les rues, entraient dans les maisons, raflaient or, argent, chevaux, tout ce qu'ils trouvaient..."

Les croisés atteignirent enfin la basilique édifiée sur le Saint Sépulcre du Christ, que les infidèles avaient reconstruite après qu'un souverain "fanatique" eut cherché à l'abattre.

Là, ils s'embrassèrent, pleurant de joie, et comme le raconte un historien, "ils remerciaient le seigneur miséricordieux" : les croisés avaient enfin atteint leur objectif ! On proposa à Godefroi de Bouillon le royaume "latin" ainsi conquis. Il refusa la couronne, se contentant du titre plus modeste d' "avoué, ou défenseur, du Saint Sépulcre". Il vainquit une armée égyptienne à Ascalon, puis s'occupa activement de l'organisation de son royaume; il mourut brusquement un an après la conquête, peut-être empoisonné par un musulman. Le royaume de Jérusalem, qui survécut à son fondateur et ne disparut qu'en 1291, eut pour fiefs les autres principautés latines de la région : les comtés d'Édesse et de Tripoli, les principautés d'Antioche et de Tibériade.

 

 

 

 

 

Revers militaires avantages économiques : la deuxième croisade (1147-1149)

Vainqueurs, les croisés fondèrent au Moyen-Orient, outre le royaume de Jérusalem, une série de principauté, de comtés et de fiefs latins. Le commerce européen, et en particulier les cités italiennes comme Gênes, Venise et Pise en tirèrent de gros avantages. Mais ces territoires chrétiens, loin de s'unir face aux musulmans, s'affrontèrent sans cesse en querelles et en guerres intestines. Cela fit inévitablement le jeu des musulmans, qui reprirent l'offensive. Les victoires que ceux-ci remportèrent motivèrent 

Après la première croisade apparurent des ordres monastique de moines-soldats, dont le rôle était d'assister et de protéger les pèlerins et de secourir les croisés blessés durant les batailles. Ce rôle d'assistance devint peu à peu secondaire, par rapport à la participation aux combats. 

Parmi les ordres, on notera les Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem, fondés dès 1113, l'ordre des Chevaliers du Temple, créé en 1119, et les Chevaliers Teutoniques, un ordre allemand fondé en 1187. 

le départ de nouvelles croisades, qui se terminèrent toutes par de notables défaites militaires des chrétiens.

Mais s'ils ne furent pas victorieux par les armes, les chrétiens réussirent à établir durablement leur suprématie économique et même, dans une certaine mesure, politique sur la Méditerranée.

En 1144, les musulmans reprirent Édesse. Le pape ordonna alors de former une nouvelle croisade; elle fut prêchée par Bernard de Clairvaux, à l'assemblée de Vézelay, en Bourgogne, en 1146. L'expédition fut conduite par le roi de France Louis VII et l'empereur germanique Conrad III. Les désaccords entre les chefs, le manque d'organisation et les erreurs militaires entraînèrent une série de revers des forces croisées. Après que ses troupes été décimées à Dorylée, Conrad rentra en Allemagne.

Les survivants rejoignirent Jérusalem, puis déclenchèrent une attaque contre Damas, sans pouvoir s'emparer de cette ville. La nouvelle de l'arrivée de renforts musulmans contraignit les chrétiens à lever le camp et à rentrer sans gloire en Europe.

En deux années seulement, le prestige des armées croisées était tombé si bas que l'on pouvait penser que plus personne ne voudrait reprendre les armes.

   

 

 

La "croisade des rois" (1189-1192)

Quarante années passèrent, pendant lesquelles chrétiens et musulmans vécurent souvent en bon voisinage. Beaucoup d'anciens croisés avaient épousé des femmes arabes et avaient adopté nombre de coutumes orientales. Les échanges commerciaux étaient très intenses entre les ports du Levant et ceux des côtes italiennes. Le plus important personnage du monde musulman était alors le sultan d'Égypte, Salâh al-Dîn, dit Saladin, qui avait étendu sa domination sur une grande partie du Levant et établi de bons rapports avec les chrétiens. Mais la violation de ce statu quo par quelques seigneurs fanatiques ramena la guerre dans la région. Saladin battit les chrétiens à la bataille d'Attîn et entra en vainqueur à Jérusalem en octobre 1187. La prise de cette ville entraîna l'appel à la troisième croisade.

Elle fut appelée la "croisade des rois" parce qu'à sa tête se trouvaient les souverains les plus prestigieux d'Occident : l'empereur Frédéric Barberousse, le roi de France Philippe Auguste  et le roi d'Angleterre Richard Cœur de Lion.

Les armées ainsi réunies étaient très importantes. Mais à peine arrivé en Asie Mineure, Frédéric Barberousse se noya. Les deux souverains survivants reprirent la ville de Saint-Jean-d'Acre.

Puis les événements prirent une autre tournure. Le roi de France n'avait qu'une seule hâte : retourner dans sa patrie et profiter de l'absence de Richard pour mettre la main sur les possessions françaises de ce dernier. Resté seul, le roi d'Angleterre accomplit des prodiges, mais il n'était plus en mesure de battre Saladin. Aussi conclut-il, en 1192, une trêve avec son valeureux adversaire. l'accord stipulait que Jérusalem restait aux mains des musulmans, qui s'engageaient en retour à protéger les pèlerins chrétiens se rendant dans la Ville sainte; de plus, les "Francs" conservaient les ports du Levant, ainsi que Chypre.

La trêve, hélas ! ne fut signée que pour trois ans...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La "croisade de Venise"

La quatrième croisade fut inspirée par le pape Innocent III , qui mit les souverains chrétiens en demeure de reprendre les armes et de libérer le Saint Sépulcre des mains des infidèles. A la différence de la précédente, ce fut une croisade conduite par de simples chevaliers : Boniface de Montserrat, Baudouin de Flandre et Geoffroy de Villehardouin. Son objectif initial était l'Égypte, mais elle fut complètement déviée de son but par les Vénitiens. Ceux-ci s'étaient engagés à pourvoir au transport des troupes contre le paiement d'une somme très importante. Comme les croisés n'avaient pas réussi à réunir entièrement l'argent, les Vénitiens exigèrent en échange la prise de la ville de Zara (aujourd'hui Zadar, en Yougoslavie), qui faisait concurrence à la sérénissime république : en cinq jours, cette cité chrétienne fut prise. Puis les croisés se dirigèrent vers Constantinople, qu'ils mirent à sac en 1204. Venise se fit céder des territoires byzantins. le chef croisé Baudouin devint le premier empereur de l'Empire latin d'Orient. Ainsi s'acheva cette croisade de chrétiens contre d'autres chrétiens : on était loin de l'idéal d'un Godefroi de Bouillon...  

 

 

 

 

Le bilan d'un échec

Les croisades se terminèrent sur un échec : la Terre sainte demeura sous le contrôle des musulmans.

Mais le bilan est très différent si l'on considère le développement du commerce maritime, l'essor des cités portuaires italiennes et, indirectement, celui de toute l'Europe : l'affrontement entre les deux civilisations a surtout bénéficié à la plus jeune et la moins avancée d'entre elles. De  nouvelles plantes, le riz, l'abricotier, pénétrèrent en Europe. Les croisés rapportèrent également divers procédés technique utilisés par les Arabes.

Enfin, en éloignant une partie de l'aristocratie féodale, les croisades facilitèrent l'émancipation des communes : l'argent nécessaire aux chevaliers pour partir en Orient était souvent fourni par les bourgeois des villes, qui achetaient leur liberté à leur seigneur.

 

Autres croisades

 

 

La "croisade des enfants" (dossier qui sera traité dans les jours à venir) :  pour faire oublier le scandale de la quatrième croisade, on laissa croire que seuls des enfants innocents pouvaient miraculeusement libérer le Saint Sépulcre. 

Des prédicateurs fanatiques surent convaincre les parents de plus de 30 000 enfants de les laisser partir désarmés, sans ravitaillement, complètement démunis. 

A Gênes, de malhonnêtes commandants de navires les firent passer en Égypte et en Tunisie, où, naturellement, ils furent vendus comme esclaves.

 

6e croisade : l'empereur germanique Frédéric II, excommunié pour avoir rompu avec le pape, fut pratiquement obligé de partir en croisade.

Combattant peu, il obtint par la diplomatie la restitution de Bethléem, de Nazareth et même de Jérusalem. Mais ce succès ne fut pas reconnu en Occident, où l'on se scandalisa de l'accord conclu avec les infidèles ! 

En 1244, les musulmans reconquirent Jérusalem, qui ne devait plus retourner en mains chrétiennes.

7e croisade : le roi de France, Louis IX, futur Saint Louis, conduisit une expédition contre l'Égypte.

Il conquit la ville de Damiette, mais, vaincu, il fut ensuite fait prisonnier avec son armée. Il revint en France, quatre années après son départ, après avoir versé une énorme rançon.

8e croisade : de nouveau, Saint Louis débarque à Tunis pour abattre définitivement la puissance musulmane. Il y mourut de la peste, ainsi qu'une grande partie de ses troupes.


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