Autriche 1805
La France a signé avec la Grande-Bretagne la paix dAmiens en 1802. Moins de vingt mois plus tard, la guerre reprend. Napoléon, devenu empereur des Français, concentre son armée sur la Manche, avec pour objectif denvahir la Grande- Bretagne. Le camp de Boulogne regroupe lensemble de larmée française.
La Grande-Bretagne se sent menacée. Son objectif est de ramener la France dans ses frontières de 1791. Le 10 avril 1805, Londres et Moscou signent la Convention de Saint-Pétersbourg. La IIIème coalition contre la France est née. LAutriche se décide à entrer dans lAlliance le 9 août, ainsi que le Royaume de Naples.
Lobjectif de Napoléon est toujours denvahir la Grande-Bretagne. Par manque de moyens et de conviction, il échoue.
Il se retourne alors vers lAutriche. Le 25 août 1805, les premiers détachements français quittent Boulogne en direction de Vienne. Le 27 du même mois, ordre est donné à toute larmée de prendre la direction de lEst. Napoléon sait que le temps presse. Il demande à ses corps darmée davancer au plus vite : le 3 septembre, la dernière division française a quitté le camp de Boulogne.
Napoléon dispose de 145000 fantassins, 38000 cavaliers et 340 canons répartis en sept corps darmée, plus une réserve de cavalerie et la Garde impériale. Les Autrichiens sont prêts : ils vont avancer en Bavière afin de contraindre Napoléon à se battre ailleurs quen Autriche. Le général Mack, avec ses 70000 hommes attend les Français. Il est persuadé quils vont renouveler leur attaque de 1800 : passer par la vallée du lac de Constance pour déboucher en Bavière par le Sud.
Il installe donc ses troupes à Ulm, pivot de la défense. Dans le même temps, larchiduc Jean, avec 53000 hommes attaquera en Italie. Les Russes, sous Kutuzov, et une troisième armée autrichienne, commandée par Kienmayer, viendront à la rescousse.
Mais Napoléon a prévu ce dispositif défensif autrichien. Au lieu de passer par le lac de Constance, les Français font un large crochet et débouchent par le Nord. Le 30 septembre, Mack se rend compte du piège français. Mais au lieu de se replier, il resserre son dispositif autour dUlm. Le 7 octobre, les Français franchissent le Danube à lEst dUlm. Mack est encerclé dans Ulm. Le 8 octobre, une partie de larmée autrichienne est battue à Wertingen par les corps de Lannes et de Murat. La route est coupée.
Napoléon prépare son dispositif : Soult, avec le IVème corps darmée, couvrira le sud, Bernadotte (Ier corps) et Davout (IIIème corps), appuyés par les Bavarois, sinstallent à lEst afin de contrer une éventuelle arrivée des Russes. Enfin, Lannes (Vème corps), Ney (VIème corps), Marmont (IIème corps), la Garde impériale et la cavalerie de Murat sont chargés de prendre Ulm et de battre les Autrichiens de Mack. Ce dernier veut briser lencerclement. Le 9 octobre, il décide denvoyer ses forces vers le Nord afin de rejoindre la Bohême.
Le 11 octobre, les Autrichiens qui cherchaient à séchapper sont battus à Haslach. Voyant que les Autrichiens veulent séchapper, Napoléon donne lordre à Ney de semparer dElchingen, à 6 kilomètres dUlm. Le 14 octobre, Ney lance lassaut et prend le pont dElchingen. Larchiduc Ferdinand parvient à séchapper avec la cavalerie.
Napoléon lance Murat à sa poursuite. Mack, enfermé dans Ulm, doit capituler le 20 octobre avec les 27 000 soldats qui lui restent. En deux mois, la plus importante armée autrichienne a été anéantie. Le lendemain, 21 octobre, la plus grande flotte franco-espagnole est anéantie à Trafalgar.
Napoléon se lance à la poursuite des Austro- Russes. Kutuzov, apprenant la défaite dUlm, se replie. Il y a avec lui des unités autrichiennes et russes, ainsi que les débris de la cavalerie de Ferdinand, soit 36 000 hommes. Leur objectif est de marcher vers lEst afin de rejoindre larmée russe de Buxhödwen.
Napoléon envoie ses corps darmées sur les deux rives du Danube. Lannes et Murat sont pressés darriver à Vienne. Ils brûlent les étapes sans se soucier du soutien quils doivent apporter aux autres corps darmées. Le 6 novembre, ils sont à Saint-Polten, dans la banlieue de Vienne. Mais le 11 novembre, le corps de Mortier, isolé sur la rive nord du Danube est attaqué par Kutuzov à Durrenstein. Mortier doit se replier sur la rive sud du Danube, tandis que Murat et Lannes atteignent Vienne et semparent des ponts sur le Danube.
Le 14 novembre, Vienne est prise. Murat poursuit vers le Nord et, le 15 novembre, attaque vers le Nord. Le général russe Winzingerode envoie un parlementaire pour négocier avec Murat. Le maréchal français envoie un message à Napoléon pour lui expliquer la situation. Le 16 novembre, les Russes se sont repliés. En fait, les Russes ont trompé Murat afin de gagner du temps et de remonter vers le Nord afin de rejoindre les forces de Kutuzov. Le piège tendu par Napoléon pour coincer les Russes a échoué.
Les Russes se regroupent vers le Nord. Alexandre 1er et François II dAutriche rallient larmée. Les Austro-Russes sont maintenant 86 000 hommes. Napoléon remonte vers le Nord. Ses lignes de communication sont tendues à lextrême. Le ravitaillement lui parvient mal. Il lui faut une victoire décisive. Ce sera Austerlitz, le 2 décembre 1805.
a) Napoléon a son plan. Mais il ne peut fonctionner que sil réussit à le souffler lui-même aux oreilles des Russes, à les convaincre. Le principe : ne laisser sur son flanc droit que le minimum de troupes nécessaires pour attirer et contenir lennemi pendant quelques heures dans les villages de Tellnitz et Sokolnitz. La tentation est grande pour les Russes de venir se jeter de toutes leurs forces sur ce quils prennent pour le flanc mou de larmée française. Le général Weirother ne résiste pas : ce quil propose à lEmpereur Alexandre est, à peu de choses près, ce que Napoléon souhaitait lui voir faire.
Le 1er Décembre au soir : LEmpereur des Français est tellement sûr de soi quil vient visiter ses troupes. Il leur explique comment ils vont gagner la bataille.
b) 2 décembre, 3 heures du matin. Une partie du corps darmée de Davout, dissimulée à une quinzaine de kilomètres dAusterlitz, se met en marche vers ce qui doit être le champ de bataille. Les Russes ignorent son existence : le piège que leur a tendu Napoléon fonctionne.
c) 2 Décembre 7 heures du matin : deux avant-gardes russes descendues du Pratzen se présentent, lune devant Tellnitz, lautre devant Sokolnitz. Les deux villages sont pris et repris. La bataille est violente. Les dernières forces Russes ont déjà quitté le Pratzen. Elles arrivent devant les deux villages pour achever, croient- elles, denfoncer laile droite française. Mais les renforts de Davout arrivent à temps.
d) 8 heures 30. Les divisions de Soult - Vandamme et Saint-Hilaire - se mettent en marche, couvertes par un brouillard intense. Il leur faut vingt minutes pour occuper les hauteurs du Pratzen et de Stahré Vinorady.
Soudain, le soleil se lève, un soleil qui brille de façon éclatante. Cest inattendu pour la saison. Il dissipe le brouillard. Le général autrichien Kollowrath aperçoit la manuvre. Sa colonne fait demi-tour pour contre-attaquer. Kutuzov est alerté.
e) 9 heures. Une première colonne russe reprend le chemin du Pratzen. Mais les Français ont eu le temps dinstaller leur artillerie sur le Stahré Vinorady. Les canons balaient les Russes qui montent à lassaut, des Russes en plein désarroi : les ordres de Kutusof ne leur parviennent plus. Chaque unité est abandonnée à elle-même. Lune des divisions qui attaquait Sokolnitz repart en direction du Pratzen.
f) 11 heures. Napoléon lavait bien compris : ce plateau, cest la clé de la bataille. Si les Français loccupent - et cest fait - ils coupent larmée de Kutusof en deux. Les Russes savent quils ne le reprendront plus. Mais ils doivent tenir, le temps, pour leur général en chef, de regrouper ses troupes en pleine confusion.
Kutusof fait donner la garde. Sans doute, la troupe la plus aguerrie dEurope, la plus redoutable. Avec la garde impériale française. Qui, elle aussi, se met en marche. Jamais ces deux unités ne se sont affrontées. Les Russes montent à lassaut du Pratzen au pas de course, à la baïonnette. La première ligne française fléchit. La seconde tient bon.
Sur le flanc gauche, Murat et Lannes, comme prévu, attaquent les troupes du général Bagration, les empêchent de monter au Pratzen, menacent dencerclement toute laile droite de larmée russe.
g) 11h30 : Napoléon sest installé sur le Staré Vinhorady. Il dispose ses troupes au centre du plateau. La cavalerie de la Garde russe charge. Les français, déjà pris sous le feu meurtrier des canons russes, forment le carré. Une fois, deux, fois ils repoussent les Russes. Puis ils faiblissent.
Alors, la cavalerie de la garde impériale française, emmenée par Bessières, contre-attaque. La garde russe résiste aux chasseurs à cheval et aux Mamelouks. Napoléon regroupe ses cavaliers, leur adjoint les redoutables grenadiers à cheval, lélite de lélite. Cette fois, lattaque russe sur le Pratzen est enrayée. Définitivement. Les divisions de Davout, à leur tour, débouchent des villages de Tellnitz et Sokolnitz où la bataille avait commencé. Ils se lancent à la poursuite de cette aile gauche russe qui devait enfoncer larmée française.
Une partie de larmée russe, dans sa fuite, tente de passer par les marais gelés. La glace se brise : près de 300 morts.
h) 16h30 . La bataille est terminée. Les Français sont vainqueurs. Les coalisés ont perdu 37.000 hommes, dont une vingtaine de généraux. Les Français, 8.000 hommes.
Larmistice est signé trois jours plus tard. Napoléon distribue quelque deux millions de francs or de récompense aux soldats vainqueurs.
Le 26 décembre, la paix de Presbourg met fin à la Troisième coalition.
Carnet du capitaine Jean-Roch Coignet à Austerlitz :
1- La veille au soir :
a - Le soir, lempereur sortit encore de sa tente et monta à cheval pour parcourir les avant-postes.
b- Pour éclairer sa route, Brune et quelques grenadiers à cheval de son escorte portaient des torches allumées : ce fut le signal dune illumination générale.
c- Chacun prit, aux baraques, une poignée de paille dans sa main et lalluma.
d - On vit bientôt brûler, sur tout le front de notre armée, dinnombrables lumières.
e- Puis, quand lempereur passait, il était reçu par des acclamations frénétiques, la musique résonnait, les tambours battaient aux champs.
f- Du haut des montagnes de Pratzen, les Russes pouvaient entendre tous ces bruits et voir ces incroyables spectacles.
g- Ils pouvaient calculer le nombre et deviner lenthousiasme de cette armée qui se préparait à leur souhaiter le bonjour dés le lendemain matin.
2- Lattaque du Pratzen :
a- Nous montions tranquillement, au son des tambours et de la musique... qui battaient la charge à rompre les caisses.
b- Les tambours et la musique se mêlaient. Cétait à entraîner un paralytique.
c- Arrivés sur le sommet du plateau, nous nétions plus séparés des ennemis que par les débris des corps qui se battaient devant nous depuis le matin. Précisément, nous avions en face la garde impériale russe.
d- Lempereur nous fit arrêter et lança dabord les Mamelouks et les chasseurs à cheval. Ces mamelouks étaient de merveilleux cavaliers. Ils faisaient de leur cheval ce quils voulaient.
e- Avec leur sabre recourbé ils enlevaient une tête dun seul coup et avec leurs étriers tranchants, ils coupaient les reins dun soldat.
f- La garde impériale russe était composée dhommes gigantesques qui se battaient en déterminés. Notre cavalerie finit par être ramenée.
g- Alors lempereur lâcha les chevaux noirs, cest à dire les grenadiers à cheval, commandés par le maréchal Bessières.
h- Ils passèrent à côté de nous comme léclair et fondirent sur lennemi.
i- Pendant un quart dheure, ce fut une mêlée incroyable et ce quart dheure nous parut un siècle. Nous ne pouvions rien distinguer dans la fumée et la poussière.
j- Nous avions peur de voir nos camarades sabrés à leur tour. Nous avancions lentement derrière eux. Sils eussent été battus, cétait notre tour.
k- Mais la fumée et la poussière ne tardèrent pas à disparaître. De la garde russe, on ne voyait plus rien.
l- Les uns étaient couchés sur le champ de bataille. Les autres avaient disparu par je ne sais quelle issue.
m- Nos cavaliers revinrent, triomphants, se placer derrière lempereur.
3- La fin de la bataille.
a- Nous étions là, aux premières loges, regardant à nos pieds la défaite de larmée russe et battant des mains de toutes nos forces.
b- Au milieu de ces circonstances solennelles, nous trouvâmes moyen de rire comme des enfants.
c- Un lièvre, qui se sauvait tout affolé de peur, arriva droit à nous.
d- Mon capitaine Renard, lapercevant, sélance pour le sabrer au passage, mais le lièvre fait un crochet.
e- Le capitaine persiste à le poursuivre, et le pauvre animal na que le temps de se réfugier, comme un lapin, dans un trou au milieu des broussailles.
f- Nous, qui assistions à cette chasse, nous criions tous à qui mieux mieux : « Le renard nattrapera pas le lièvre! », « Le renard nattrapera pas le lièvre! ».
g- Et, en effet, il ne put lattraper. Aussi on se moqua de lui, et lon rit dautant plus que le capitaine était estimé et chéri de tous ses soldats.
h- Cependant, la bataille était finie.