Les croisades 1/2

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Les croisades

 

Dieu le veut !  La Terre sainte aux mains des infidèles  Des raisons politiques et économiques  

Vers Jérusalem  La "croisade des gueux"  La première croisade  La pénible marche vers Jérusalem  La prise de Jérusalem  

Revers militaires avantages économiques  La deuxième croisade (1147-1149)  La "croisade des rois" (1189-1192)  La "croisade de Venise" (1202-1204)  Le bilan d'un échec et autres croisades

 

 

 

En ce jour de novembre 1095, malgré le froid et la neige tombée sur la montagne entourant Clermont, capitale de l'Auvergne, une grande foule s'était rassemblée pour la venue du pape Urbain II. Quand celui-ci prit la parole du haut d'une simple tribune en bois, il se fit un grand silence. Tout le monde devinait que le pape allait parler des nouvelles qui s'étaient répandues dans toute l'Europe à propos de la Terre sainte. Et ces nouvelles étaient désastreuses pour la chrétienté.

 

 

 

Dieu le veut !

Urbain s'adressa à la foule en français : "Ô peuple des Francs ! Peuple aimé et élu de Dieu ! De Jérusalem la grave nouvelle qu'une race maudite, totalement étrangère à Dieu, a envahi les terres chrétiennes, les dépeuplant par le fer et le feu. Les envahisseurs ont fait des prisonniers : ils en prennent une partie (qu'ils installent) comme esclaves sur leurs, les autres sont mis à mort après de cruelles tortures. Ils ont détruit les autels après les avoir profanés. Cessez de vous haïr ! Mettez fin à vos querelles ! prenez le chemin du Saint Sépulcre, arrachez cette terre à une race maligne, soumettez-la !

Jérusalem est une terre fertile, un paradis de délices. Cette cité royale, au centre de la terre, vous implore de venir à son aide. Partez promptement et vous obtiendrez le pardon de vos fautes ! Souvenez-vous aussi que vous recevrez pour cela des honneurs et la gloire éternelle au royaume des cieux."

Un frémissement, des murmures, des cris d'indignation étouffés parcoururent alors la foule.

Un célèbre moine prédicateur qui participait au concile de Clermont convoqué par le pape, Pierre d'Amiens, dit Pierre l'Ermite, poussa ce cri : "Dieu le veut !" ; la foule le reprit comme un grondement de tonnerre : "Dieu le veut !"

C'est ainsi que commença la première d'une longue série de guerres, appelées croisades, qui durant deux siècles, devaient opposer la croix du Christ au croissant de l'islam.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La Terre sainte aux mains des infidèles

Combien de participants à cette réunion se rappelaient-ils, en quittant Clermont, que le concile avait été convoqué par le pape Urbain pour un tout autre but, puisqu'il devait établir des règles en vue de maintenir la paix entre les États et les peuples chrétiens ?

Or les croisades allaient représenter les entreprises militaires les plus importantes et les plus sanglantes de l'histoire médiévale. A l'origine de cette offensive de la chrétienté contre l'islam, il y a des causes et des prétextes très divers.

Dans le monde islamique, des changements importants étaient intervenus. Les Arabes, civilisés et tolérants, avaient toujours accueilli les pèlerins chrétiens en Terre sainte, et plus volontiers encore les marchands venus d'Occident. Or, Leur pouvoir en Palestine avait été réduit par l'avancée des Turcs Seldjoukides.

Ces musulmans étaient beaucoup plus rudes et intolérants que leurs coreligionnaires arabes. Au XIe siècle, ils occupaient la Mésopotamie, la Syrie, les ports du Levant et la Palestine avec tous ses lieux saints, Bethléem, Nazareth, Jérusalem. C'est surtout l'occupation de la ville sainte qui révoltait l'Occident, car elle abritait le Saint Sépulcre.

Même si, par la suite les faits furent exagérés (et parfois falsifiés), il est vrai que les pèlerins chrétiens en Palestine furent en butte à la persécution des Turcs. Le désir d'arracher ces régions des mains des "infidèles" fut un puissant stimulant religieux, qui poussa de nombreux fidèles à endosser la tunique blanche "croisée", c'est-à-dire marquée de la croix rouge du Christ.

Vers la même époque, les premiers succès remportés par les chrétiens espagnols dans leur entreprise de "reconquête" (ou reconquista) de la péninsule enthousiasmaient l'Occident. Ils renforcèrent la détermination des croisés.

 

 

 

Des raisons politiques et économiques

L'avancée des Turcs menaçait directement l'Empire byzantin qui, durant sept siècles, avait constitué le rempart contre lequel s'était brisée l'expansion islamique à l'est du continent européen.

L'INTÉRÊT DES PETITES GENS

 

L'enthousiasme pour la croisade fut énorme : des dizaines de milliers de personnes, y compris les femmes, les vieillards, les enfants, se déclarèrent prêtes à partir libérer le Saint Sépulcre.

Il est hors de doute que la ferveur religieuse fut le moteur principal de cet immense élan. Mais d'autres facteurs alimentaient aussi cet enthousiasme.

Le pape délia serviteurs et vassaux de leur serment de fidélité envers leurs seigneurs durant toute la période de la croisade. C'était une aubaine pour des centaines de petits vassaux, mais encore plus pour des milliers de paysans et de serfs, pour lesquels la croisade était l'occasion inespérée de sortir de leur condition et de devenir riches.

L'indulgence plénière, c'est-à-dire le pardon de tous les péchés qu'ils avaient commis, était en outre accordée aux croisés. De plus, ceux-ci ne pouvaient être jugés, s'ils commettaient quelque crime, que par des tribunaux ecclésiastiques, qui étaient disposés à fermer les yeux sur les fautes commises pour la "cause sacrée".

Dans les visées de certains souverains occidentaux, les croisades devaient permettre de venir en aide aux Byzantins, mais aussi d'établir, pour leur propre compte, des esclaves "latines", ou catholiques, en Terre sainte. Cet objectif était notamment soutenu par les républiques maritimes italiennes : les Turcs, en effet, avaient coupé les routes du grand commerce avec l'Orient. Des ports et comptoirs sous domination chrétienne permettraient de rouvrir ces routes, pour le plus grand profit des commerçants génois ou vénitiens.

Le projet d'expéditions en Orient excitait aussi l'imagination de centaines de chevaliers et de barons désargentés et sans fiefs, de cadets ou de simples aventuriers qui espéraient conquérir au loin les terres et les richesses qu'ils n'avaient pu trouver en Occident. De plus, la bénédiction de l'Église et l'approbation de toute la chrétienté les auréolaient d'un grand prestige.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Vers Jérusalem : la "croisade des gueux"

" Dieu le veut ! Dieu le veut !" : tel fut le cri de ralliement qui marqua le début des croisades.

Urbain II avait fixé au mois d'août 1096 le départ de la grande expédition. Mais des dizaines de milliers de personnes s'étaient spontanément mises en route avant la date prévue.

Sans protection armée, elles couraient au massacre. Plus de 12 000 personnes - femmes accompagnant leur mari, paysans à la foi ardente désireux de fuir les servitudes féodales, enfants et vieillards convaincus de faire tomber les remparts de Jérusalem par la force de leurs prières - étaient parties de France en mars, conduites par Pierre l'Ermite et un noble au nom évocateur, Gauthier Sans Avoir. Il ne se trouvait parmi elles, en tout et pour tout, que huit chevaliers.

Dans le même temps, 5 000 personnes s'étaient mises en route en Allemagne et descendaient la vallée du Danube sous la conduite d'un prêtre, Gottschalk. Un troisième groupe, commandé par le comte Emich de Leisingen, partit de Rhénanie.

Munie de très peu d'armes et d'un maigre ravitaillement, un peu comme des pèlerins se rendant dans le comté voisin, cette foule descendit le Danube avec l'intention de rejoindre Constantinople et, de là, la Palestine : presque tous ignoraient où se trouvaient ce pays.

Cette "croisade des gueux", comme on l'appela par la suite, se transforma en fléau. Les croisés saccagèrent des villages entiers pour obtenir de la nourriture, menacèrent d'innocents groupes de juifs, qualifiés d'"ennemis du Christ".

Ces rapines et ces violences provoquèrent la réaction armée des habitants des régions traversées par les croisés. De nombreux survivants atteignirent Constantinople et en saccagèrent les faubourgs. L'empereur byzantin leur fit traverser le Bosphore, mais leur conseilla d'attendre l'arrivée de la véritable armée des croisés.

Ce fut en vain. La foule poursuivit sa marche jusqu'à Nicée, une place forte turque. Là, elle se disposa en ordre de bataille : quelques escouades d'archers turcs, sortis de la ville, suffirent ç décimer ces malheureux rêveurs.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Vers Jérusalem : les barons de la première croisade

Entre l'été et l'hiver 1096 se mit en marche la gigantesque machine de la première véritable croisade. Elle fut appelée "croisade des seigneurs", car aucun roi ne s'y était associé. En effet, à la suite de lutte entre la papauté et l'Empire, différents souverains -Philippe Ier, roi de France, Guillaume II, roi d'Angleterre, l'empereur Henri IV - avaient été excommuniés par le pape et ne pouvaient y participer.

Mais les chefs de la croisade étaient valeureux et acquirent rapidement un grand prestige : ainsi se distinguèrent le duc Godefroi de Bouillon, le plus vaillant chevalier du groupe, courageux au combat et débordant de foi, le vénérable Raymond IV, comte de Toulouse, âgé mais chargé de gloire et d'expérience pour avoir déjà combattu les musulmans en Espagne. Le fier Normand Bohémond de Tarente était populaire parmi les guerriers expérimentés, ainsi que Tancrède de Hautevile, son neveu, l'"incarnation de l'idéal du chevalier chrétien". Le gros de l'expédition croisée était composé de contingents français ou, plus généralement, de souche franque. A telle enseigne que les musulmans, voyant fondre sur eux cette avalanche d'armées chrétiennes communiquant entre elles le plus souvent en français, prirent l'habitude d'appeler "Francs", pendant des siècles, tous les chrétiens d'Europe.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Vers Jérusalem : la pénible marche

Les armées, composées d'environ 30 000 hommes au total, qui s'étaient rassemblées en divers points de l'Europe, se mirent en marche, en utilisant des routes différentes, pour aboutir à Constantinople. Le commandement unique fur confié à Godefroi de Bouillon, qui rejeta aussitôt fermement la proposition de Bohémond de Tarente de s'emparer de la capitale byzantine, affirmant être venu "uniquement pour combattre les infidèles". Mais l'idée de mettre la main sur la riche cité de Constantinople demeura présente.

L'empereur byzantin approvisionna les troupes croisés, déjà bien épuisées, et s'engagea à les assister militairement. Il fut soulagé lorsqu'elles se mirent enfin en route vers Jérusalem.

Les discordes ravageaient l'armée croisée : Godefroi commandait... quand on le lui permettait. Mais la division encore plus accentuée régnant chez les musulmans favorisa les croisés. Les troupes chrétiennes occupèrent Nicée sans grandes difficultés. Par la suite, elle affrontèrent les Turcs à Dorylée (l'actuel Eski-Chéhir) dans une bataille très dure mais victorieuse. C'est alors qu'elles durent affronter leur ennemi le plus impitoyable : une marche de 800 kilomètres sous un soleil ardent, dans des régions dépourvues d'eau, alors que les vivres manquaient et que les tribus bédouines les harcelaient sans cesse.

Bien plus que les batailles, ces difficultés décimèrent l'expédition. L'hiver 1097 fut particulièrement pénible : après le soleil et la soif, les croisés affrontèrent le vent et le froid, la  faim et les épidémies, sous les remparts d'Antioche, dont les habitants résistèrent huit mois. De nombreux chrétiens désertèrent et s'embarquèrent à leurs frais sur des navires génois et vénitiens pour revenir en Europe. Cependant, beaucoup d'autres, les plus dévots et les plus solides, résistèrent. Parmi ceux-ci survécurent ceux qui s'étaient nourris pendant des semaines avec des "cannes douceâtres appelées zucra en arabe" : les Européens avaient découvert le sucre.

Publié dans histoirefr

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