empire romain (2/2)

Publié le par QUERE

Qu'il fût responsable d'une province sénatoriale ou impériale, un gouverneur sous Octave disposait finalement d'une plus grande autorité pour répondre de ses actions. Les gouverneurs se remplissaient toujours les poches et abusaient toujours les locaux, mais s'ils en faisaient trop, ils pouvaient dire adieu à leur tête et étaient peu disposés à cela. Le gain de confiance et de l'ordre dans les provinces, combiné à la construction des routes d'Octave et à l'élimination de la corruption, du banditisme et de la piraterie, stimulait le commerce et le développement. La terre provinciale était souvent offerte aux vétérans en retraite, ce qui multipliait le nombre des Romains loyaux dans les provinces, aidait le développement de la civilisation et augmentait le niveau de vie dans ces régions. De nouveaux centres urbains s'établirent et un sentiment de prospérité et d'optimisme gagnait tout l'Empire.

<?xml:namespace prefix = o ns = "urn:schemas-microsoft-com:office:office" />

 

C'était la plus grande contribution d'Auguste à l'Empire Romain : il a fait de son Principat, un gouvernement dirigé par un seul homme, un système bien plus efficace pour les masses que ne l'était la République. En faisant les réformes nécessaires et en ayant vécu suffisamment longtemps pour en tirer les fruits, il s'était assuré que le Principat continuerait après sa mort. Son règne dura 56 ans; au moment de son décès, peu se souvenait encore de la République. Les méfaits d'un gouvernement autocratique étaient à peine évidents. Peu de gens à Rome se souciaient du fait qu'il n'y a avait plus de protections constitutionnelles contre les abus de pouvoir du Princeps; ou qu'une "offense à la dignité de l'Empereur" était devenu un crime punissable de mort.

 

Auguste était un homme suffisamment intelligent pour résister à la tentation de devenir un tyran. Quand le Princeps était un homme sage, l'Empire se développait. Malheureusement, l'Empire n'a pas toujours été en de si bonnes mains comme les événements qui vont suivre le prouvent.

 

Chapitre IV: Les Julio-Claudiens

 

 Le long règne d'Auguste a permis à ses réformes de prendre racine à travers l'Empire, mais il lui présentait un problème d'un autre genre : il a survécu à tous ses héritiers. Son seul enfant encore en vie était sa fille, Julia. Auguste la maria à son héritier prévu, son neveu Marcellus. Marcellus mourut de façon inattendue, avant même de pouvoir être père, et Julia se maria de nouveau, cette fois, à Marcus Agrippa. Ce mariage fut plus heureux, et donna naissance à cinq enfants, dont deux garçons à l'avenir prometteur, Gaius et Lucius. Mais les deux garçons moururent avant Auguste, Lucius de maladie et Gaius quelques années plus tard lors d'une bataille.

 

N'ayant pas de meilleur choix, Auguste présenta son beau-fils Tibère, le fils que sa seconde femme Lyvia avait eu avec un premier mari. Il aurait pu tomber sur pire certes, mais le règne de Tibère en tant qu'Empereur ne fut pas très réussi. C'était indubitablement le meilleur parmi des mauvais. Malheureusement, c'était son seul mérite.

Un acte difficile à suivre

La Vipère de Tibère

Empereur par accident

Damné dans les mémoires

 

UN ACTE DIFFICILE A SUIVRE

 

Tibère était un homme intelligent et un excellent soldat, mais il ne convenait pas du tout au rôle que lui avait assigné Auguste. Afin d'en faire un hériter potentiel, Auguste lui ordonna de divorcer de sa première femme, qu'il aimait tendrement, pour contracter une union désastreuse avec la fille d'Auguste, Julia. Julia, malheureuse de ce mariage, exprima son sentiment par une longue série d'aventures qu'elle ne prenait même pas la peine de cacher. Selon la loi romaine, Tibère aurait pu obtenir légitimement le divorce, mais Augustus restait aveugle devant les agissements de sa fille, et la dénoncer à l'Empereur eut été une tentative dangereuse. Tibère régla la situation en s'exilant volontairement sur Rhodes, laissant Julia à elle-même à Rome.

 

A Rhodes, le général qui avait montré une attention remarquable à l'égard de ses soldats, devint en un homme en colère, aigri et replié sur soi-même qui ne se préoccupait plus de personne ni de rien à part sa propre personne et ses plaisirs. Bien qu'il s'était exiler volontairement, il ne pouvait pas retourner à Rome tant qu'Auguste ne lui en avait pas donné la permission, et Auguste semblait peu enclin à le faire. Une série de désastres personnels frappa ensuite Auguste. D'abord, sa femme Lyvia qui détenait des preuves concernant les affaires adultères de Julia, les présenta à l'Empereur; selon la loi romaine, Julia aurait dû être exécutée, mais au lieu de cela, Auguste l'exila à vie sur une petite île méditerranéenne. Le fils de Julia, Lucius mourut ensuite, laissant Gaius comme seul successeur possible au trône impérial. Auguste, voyant que le nombre de ses héritiers diminuait, rappela Tibère de Rhodes.

 

Quand Gaius mourut au combat, Tibère devenait le successeur le plus légitime d'Auguste. Agé et malade, Auguste adopta Tibère et le désigna comme héritier. Mais il n'avait jamais aimé Tibère et celui-ci le haïssait. Quand Auguste rendit enfin l'âme en 14 ap. J.-C., Tibère tenta de convaincre le Sénat de ne pas donner le statut de dieu au défunt Empereur. Il échoua et Auguste eut sa place aux côtés de Julius Caesar dans le panthéon des dieux de l'état de Rome.

Il ne faisait aucun doute que Tibère aurait été bien plus heureux en tant que simple général romain, restant avec sa première femme adorée, au lieu d'être poussé sur le siège impérial. A première vue, il gouverna avec succès; ses nouvelles lois étaient morales, justes et clairvoyantes, et pendant tout son règne, il se préoccupa beaucoup de la sécurité économique de l'Empire. Dès le début cependant, un certain nombre d'accusations de trahisons, de procès, et de confiscations de propriétés tendaient vers une escalade qui ne présageaient rien de bon pour l'avenir. Sans protection légale contre les caprices de l'Empereur, les notables de Rome pouvaient seulement baisser la tête, croiser leurs doigts et espérer passer au travers des mailles du filet.

 

On ne sait pas si Tibère était paranoïaque ou non, ou si les gens ne l'aimaient vraiment pas. Au moment où il succéda à Auguste, il devint un homme renfrogné, aigri et égoïste, incapable du moindre charisme. Auguste avait apaisé le Sénat en lui demandant conseil et en les traitant avec respect même quand il disposait de plus de pouvoirs que lui, mais Tibère dédaignait le Sénat et ne s'en cacha même pas. Le sentiment était partagé. Dans de telles circonstances, la paranoïa de Tibère était partiellement compréhensible. Ce qui l'était également, c'est qu'un sénateur accusé de trahison avait besoin d'un complot sérieux.

 

En 23 ap. J.-C., l'unique fils et héritier de Tibère, Drusus, mourut dans de mystérieuses circonstances, et Tibère devint encore plus aigri. En 26 ap. J.-C., il s'installa sur l'île de Capri, dont il fit sa retraite personnelle. Il laissa ses fonctions de gouvernement à un capitaine de la Garde Prétorienne en qui il avait confiance, Sejanus. L'abandon de Tibère offensa le Sénat, et les relations entre le Sénat et l'Empereur se détériorèrent. A Capri, la colère et la paranoïa de Tibère semblent avoir gagné en intensité; sa résidence privée devenait le site d'actes bizarres et pervers de tortures et de dépravation.

 

Sejanus ambitionnait apparemment d'accéder au trône impérial. En 31 ap. J.-C., Tibère apprit que Séjanus avait une liaison avec la femme de Drusus, et que les deux avait conspiré pour empoisonner Drusus. Tibère envoya une lettre au Sénat, qui commençait par faire l'éloge de Séjanus, et qui finissait par la demande de son exécution immédiate. Le Sénat s'y conforma. Mais cet acte de trahison aigrissait encore plus Tibère contre Rome. Sans héritier, Tibère décida de se venger de Rome grâce à son successeur.

 

Le choix de Tibère se porta sur son petit neveu, le jeune Gaius Germanicus. Le père de Germanicus avait été un célèbre général, et le garçon lui-même avait grandi parmi les soldats et était populaire parmi ceux-ci. Ses imperfections étaient cependant évidentes et Tibère lui-même les avait remarquées :"j'ai élevé une vipère dans le sein de Rome "avait-il l'habitude de dire. Le temps lui donnerait raison. Gaius Germanicus est tristement célèbre par un surnom que lui avaient donné les soldat quand il était enfant : Caligula, ce qui signifie "Petite Botte", à cause des bottes minuscules qu'il portait.

 

LA VIPERE DE TIBERE

 

 Les événements liés à la succession de Caligula donne le ton pour le règne qui suivit. En 37 ap. J.-C., Tibère tomba malade et tomba dans le coma. Les physiciens (médecins) était appelés à Capri, où ils déclarèrent que l'Empereur ne survivrait pas à la nuit. A Rome, l'ascension de Caligula était annoncée, les Légions le saluèrent, et la cité le proclama comme son nouveau chef. Mais Tibère se réveilla, s'assit, et réclama quelque chose à manger. Le capitaine de la Garde Prétorienne prit alors les draps et étouffa Tibère avec.

 

Le règne de Caligula fait partie des plus controversés parmi les historiens. Il ne fait aucun doute que c'était une mauvais règne mais dont l'ampleur et les raisons restent encore mystérieuses. Les historiens de la Rome antique vouaient une haine virulente envers Caligula, ce qu'il a probablement mérité, mais la plupart des histoires qu'on a raconté à propos de son règne étaient fausses, comme celle qui dit qu'il avait fait consul son cheval par exemple. Ils n'avaient pas vraiment besoin de le faire -- le règne de Caligula montre assez d'insanités sans embellissement pour convaincre que l'homme n'aurait jamais du être nommé Empereur.

 

L'accession de Caligula a d'abord créé l'allégresse à Rome; Tibère n'était pas aimé, et Caligula était populaire -- pour l'instant. Le nouvel Empereur dépensa le trésor impérial que Tibère avait sauvegardé et protégé en prodiguant fêtes, jeux et autres manifestations populaires. Vers le septième mois de son règne néanmoins, il fut frappé d'une soudaine et sévère maladie qui faillit le tuer. Quand il retrouva ses esprits, il avait changé, et en pire. Il a pu subir des traumatismes au cerveau et devenir psychotique. Il devint probablement épileptique. Quelle qu'en soit la cause, la vipère de Tibère était devenue venimeuse.

 

Les procès de trahison devinrent fréquents et arbitraires. Les châtiments atteignaient une cruauté sans précédent. Les menaces d'accusation de trahison étaient utilisés pour extorquer de l'argent de la part des Romains riches pour subvenir aux habitudes dépensières de Caligula. Ces caprices devenaient de plus en plus fous et inutiles ; une fois par exemple, il décréta qu'un pont de navires devait être construit au-dessus de la baie de Naples. Caligula coucha avec ses soeurs et proclama l'une d'entre elles déesse après sa mort. Il dirigea vainement son armée sur la Gaule, et créa des troubles aux frontières de Rome juste pour s'amuser.

 

Le niveau de folie et de vice de Caligula est contestable. Comme nous l'avons déjà dit, certaines des actions les plus folles étaient inventées par ses ennemis. D'autres ont pu avoir été effectuées comme des rituels magiques. Par exemple, il dirigea ses troupes sur la shore de la Manche, puis leur ordonna de ramasser des coquillages et de les rapporter à Rome, où il déclara qu'il avait conquis la mer. Il demanda également à ses hommes de mettre des perruques blondes et de parader dans Rome en proclamant qu'il avait conquis la Gaule. Ces actions ont pu être dues à la maladie, ou tout simplement à un respect de rituels censés exaucer les voeux de conquête de la Bretagne et de la Gaule. La vérité est perdue au fil des temps.

 

Quelles qu'en soient les raisons, l'horrible règne de Caligula donna à Rome le goût de ce qu'un gouvernement autocratique pouvait donner sous un mauvais gouverneur. En janvier de l'an 41, les Romains en eurent assez; une émeute menée par les Gardes Prétoriennes et plusieurs sénateurs assassinèrent Caligula, puis sa femme et ses enfants. La vipère était écrasée.

 

EMPEREUR PAR ACCIDENT

 

 

 Le règne de Caligula a été si désastreux que le Sénat fit une tentative pour restaurer la République après l'assassinat de l'Empereur fou. (Il ne fut évidemment pas déifié). La Garde Prétorienne préféra le Principat et à l'époque, leurs volontés avaient plus de poids que celles du Sénat. Mais qui allait prendre la place ? Choisir quelqu'un de la lignée de Caligula était hors de question, même si les soldats voulaient un Empereur avec l'héritage de Julius Caesar et d'Auguste. La tradition dit que la Garde Prétorienne patrouillait dans le palais impérial pour chercher la personne et trouva par hasard l'oncle de Caligula, Claudius, caché derrière un rideau. Caligula avait fait exécuté la plupart de ses proches lors de procès pour trahison, et c'était une chance que Claudius avait réussi à l'éviter en prétextant être simplet. Les soldats traînèrent Claudius, effrayé et protestant, de sa cachette pour le proclamer Empereur.

 

Le règne de Claudius est quelque peu difficile à analyser. Les historiens antiques ne l'aimaient pas, et leur travaux tendent à être tournés contre l'empereur par accident. D'autres preuves historiques plus objectives montrent une peinture plus positive de son règne. En tout cas, ce qui était sûr, c'est qu'il présentait une énorme amélioration sur son prédécesseur.

Claude était né dans une famille avec de nombreux liens impériaux et des noms célèbres. Son père, Néron Claudius Drusus, était le frère de Tibère et un général populaire plein de succès. Claudius lui-même était timide, studieux, et physiquement peu impressionnant; la famille impériale le considérait plus comme un embarras. En dépit de sa réputation de simple d'esprit, c'était en fait un homme intelligent, élève de Livy, et auteur d'une dizaines d'ouvrages sur l'histoire de Rome et d'Etruria (ainsi que quelques livres sur les jeux de dés, son passe-temps favori). Sa nomination fut une surprise pour tout le monde, à commencer par lui. A tout considérer, les soldats auraient pu faire un pire choix que le calme et l'intelligent Claudius.

 

Le Sénat ne fut pas particulièrement content de voir Claudius devenir Empereur. Il y eut une tentative avortée de restaurer la République et des rébellions mineures. Un certain nombre de tentatives d'assassinats fut menée contre Claudius au cours de sa première année de règne. Mais Claudius avait le soutien de la Légion et restait ferme voire sans pitié à l'égard des résistances; le Sénat abandonna rapidement et l'accepta bien qu'il ne l'avait jamais aimé. Claudius avait de nombreux amis parmi la classes des hommes libres, et leur réserva des postes dans le service civil, une action que le Sénat trouvait affligeamment "populaire".

 

Claude traita efficacement sinon brillamment les affaires extérieures de l'Empire. Comme il n'était pas soldat lui-même, il laissa aux autres le soin de se battre à sa place. Malgré tout, il voulait étendre la sphère d'influence de Rome, et fit de grands progrès dans cette direction : il ajouta les provinces de Caesariensis and Tingitana en Afrique du Nord, créa la province de Lycie en Asie Mineure, et annexa Thrace. Du point de vue des historiens occidentaux, son acquisition la plus marquante fut la province de Bretagne où il créa les colonies de Camulodonum (Colchester) et de Londinium (Londres). Il ne se laissa pas cependant dépasser par son expansionnisme, évitant de façon judicieuse les guerres contre les tribus germaniques ou les Parthes.

 

L'administration civile de Claudius était aussi efficace et modérée que l'était sa politique extérieure. Bien qu'il ait montré quelques caprices envers certains individus, il améliora grandement le système de la justice, ouvra les droits de la citoyenneté à d'autres groupes, et était tolérant à l'égard des coutumes et religions non romaines. Il répara la cité et construisit de nouvelles infrastructures publiques, étendit le réseau routier à travers l'Empire, réorganisa l'approvisionnement en grain de l'Empire, modernisa le port de Ostie et fonda de nombreuses colonies romaines.

 

Bien que ses affaires publiques eurent été bien menées, Claudius poursuivait la tradition Julio-Claudienne d'avoir une vie privée tumultueuse. Il se maria quatre fois. Il fit exécuté sa troisième femme pour adultère, puis amenda les lois du mariage romain pour pouvoir épouser sa propre nièce, Agrippine la Jeune, arrière-petite-fille de Auguste. C'était certainement une idée d'Agrippine et non celle de l'Empereur; la quatrième femme de Claudius était une femme d'une ambition démesurée. Elle convainquit bientôt Claudius de déshériter Britannicus, le fils qu'il avait eu d'un précédent mariage, en faveur de son propre fils à elle, Lucius Domitius Ahenobarbus. Une fois cela accompli, Agrippine s'occupa du sort de Claudius en lui donnant des champignons empoisonnés. Il mourut en 54 ap. J.-C. après treize ans de règne.

 

Les historiens de la Rome Antique avaient tendance à discréditer Claudius en en faisant un homme faible à la merci de ses épouses et de ses conseillers d'hommes libres de basse naissance. Evidemment, les historiens romains étaient des citoyens de haut rang et leur opinion sur Claudius ne pouvaient qu'être influencée par son manque de respect envers les privilèges des classes supérieures. Les historiens suivants voyaient en Claudius sous un meilleur jour. Bien qu'il ne fut pas l'un des chefs les plus brillants de Rome, il était le seul Empereur de la lignée Julio-Claudienne à se rapprocher de la compétence d'Auguste. Après sa mort, le Sénat approuva officiellement son règne en le déifiant.

 

DAMNE DANS LES MEMOIRES

 

 La seule grande erreur de Claudius a été de permettre à Agrippine de choisir un successeur pour lui. Le fils d'Agrippine, dont le nom fut changé en Néron Claudius Caesar Augustus Germanicus, n'avait pas encore 17 ans quand sa mère arrangea son accession au pouvoir. Agrippine comptait diriger à travers son fils, mais les conseillers de Néron, Burrus et Sénèque, prirent l'Empereur sous leur contrôle, déclenchant la rage d'Agrippine. En 55 ap. J.-C., le fils de Claudius Britannicus fut empoisonné; certains historiens pensent que Agrippine était la responsable, mais d'autres disent qu'Agrippine, furieuse de la rébellion de son fils, commença à conspirer avec Britannicus pour reprendre la place de Néron, forçant Néron à commander l'assassinat de Britannicus. L'année suivante, on obligea Agrippine à prendre sa retraite pour l'empêcher de causer plus de problème.

 

Pendant les cinq premières années de son règne, Néron se montra remarquablement gentil et généreux. Ses conseillers l'encourageaient à s'occuper de son propre plaisir, pour leur laisser mener les affaires de l'Empire, ce qui ne pouvait que satisfaire le jeune Empereur. Il fit voter des lois interdisant les tueries de gladiateurs, et institua un concours de poésie et des jeux athlétiques. Il réduisit également les taxes et permit aux esclaves de se plaindre contre les propriétaires injustes. Sa générosité était à la fois publique et privée; tout en envoyant de l'aide aux villes victimes des désastres naturels, il pardonna les écrivains de vers satiriques qui auraient normalement été exécutés par les Empereurs précédents. En résumé, Néron était un irresponsable et un naïf mais restait un jeune homme inoffensif.

 

Le changement eut lieu en 59 ap. J.-C., quand Néron atteignit l'âge de 21 ans. Sa mère Agrippine était devenue folle de rage et le menaça; Néron la fit assassiner, son premier meurtre officiel. Peu après, il tomba sous l'influence d'une femme nommée Poppaea Sabina, la jeune épouse d'un sénateur, qui devint sa maîtresse. Poppaea supplanta Burrus et Sénèque à la place de conseiller chef de Néron, et elle convainquit Néron de faire assassiner sa femme Octavia (qui se trouvait être la fille de Claudius) pour se marier avec elle, ce qu'il fit en 65 ap. J.-C.

 

A ce moment-là, il devenait évident à Néron qu'il pouvait faire ce qu'il désirait et que personne ne pourrait le contredire. Ce qu'il voulait, c'était d'être acteur et musicien, pas Empereur; il ne montra d'ailleurs aucun intérêt ni talent pour les affaires de l'état. Néron commença à jouer dans des pièces, prenant les rôles qui l'intéressait, et voyagea également dans tout l'Empire pour participer à des concours musicaux (qu'il remportait chaque fois bien entendu) Il fut également impliqué dans un certain nombre de cultes étrangers bizarres. Ce comportement laissait le Sénat et la classe moyenne conservatrice atterrée -- c'était un sérieux affront à la dignité et au décorum demandé à un dirigeant du grand Empire. L'armée aussi, était scandalisée de voir qu'un descendant du vénéré César agissait de cette façon.

 

En 64 ap. J.-C., un énorme incendie ravagea Rome. Des rumeurs prétendirent que Néron lui-même l'avait fait pour pouvoir reconstruire la ville à son goût. La rumeur était fausse, car Néron se trouvait à des kilomètres de là, dans sa villa pendant l'incendie (chantant sur la chute de Troie tout en regardant les flammes à distance, selon la légende). Pour détourner les conversations, Néron accusa une secte religieuse chrétienne peu populaire, devenant ainsi le premier Empereur Romain à persécuter les Chrétiens et acquérant ainsi la réputation d'Antéchrist.

 

Quand l'incendie fut éteint, Néron ordonna la construction d'une nouvelle demeure, gigantesque, le Palais d'Or. A la fin des travaux, elle couvrirait une surface équivalent à un tiers de Rome. Pour la financer, Néron réclama des taxes de plus en plus élevées à Rome et aux provinces, créant de sérieux problèmes économiques dans la population. Avec un manque total du sens du commandement, cette oppression engendra de sérieuses émeutes dans l'Empire; la Bretagne se révolta, ainsi que la Judée et la Gaule, et les Parthes envahirent les terres romaines à l'est.

 

En 65 ap. J.-C., les conspirations contre Néron commencèrent à se former. L'Empereur était protégé pendant un temps grâce aux avertissements de la part des esclaves des conspirateurs, qui se souvenaient toujours des droits qu'ils leur avait conférés. Mais cela ne dura pas. Incapable de disposer de moyens plus subtiles, les Romains se révoltèrent en 68 ap. J.-C. Les Légions en Gaule et en Espagne proclamèrent leur commandant Empereur. Même la Garde Prétorienne répudiait Néron. Le Sénat, lors d'une réunion extraordinaire, déclara que la vie de Néron était déchue, et décréta qu'il devrait être flagellé à mort suspendu sur un croix. Néron s'enfuit de Rome et mit fin à la lignée des Empereurs Julio-Claudiens en  se tranchant la gorge. Le Sénat, loin de déifier Néron, le déclara "Damnatio Memoriae"-- damné dans les mémoires -- et effaça toute trace de son règne dans les écrits.

 

Chapitre V: Les Empereurs Flaviens

 

 La mort de Néron laissa les soldats de l'Empire sans descendant de César à acclamer comme Empereur. La confusion et la guerre civile étaient inévitables. L'an 69 ap. J.-C. est connue dans l'histoire comme "l'année des quatre empereurs "car le siège impérial changea de mains avec les saisons.

 

Les premiers prétendants furent Julius Vindex, gouverneur de Gallia Lugdunensis et commandant de ses armées, et Sulpicius Galba, alors gouverneur de Hispania Tarraconensis. Le voisin de Vindex, le gouverneur Verginius Rufus de la Haute Germanie, envoya ses troupes traverser le Rhin et se ruer sur Vindex, où les soldats de Rufus le forcèrent à saisir le Principat. Mais Rufus résista et donna son soutien à Galba. Le Sénat, impatient d'arrêter le conflit, reconnut Galba comme Empereur. Les activités de Néron avaient vidé le trésor et Galba ne pouvait pas restaurer la stabilité économique assez vite pour plaire à la population; cela, combiné à son grand âge de 73 ans, le rendit impopulaire. Après seulement trois mois, il dut assassiné par la Garde Prétorienne sur les ordres secrets du Sénateur Marcus Salvius Otho.

 

Les prétoriens acclamèrent alors Otho comme Empereur, mais les armées provinciales de la Haute et de la Basse Germanie avaient d'autres idées et proclamèrent leur commandant, Aulus Vitellius Germanicus. L'armée de Vitellius se dirigea sur Rome et vainquit les troupes de Otho. Ce dernier se suicida, et le Sénat acclama Vitellius -- il n'avait pas d'autres choix étant donné que l'armée de celui-ci occupait la ville. A l'est néanmoins, l'autre moitié de l'armée romaine avait choisi un autre empereur : leur commandant, Titus Flavius Vespasanius, qui s'était occupé de la révolte juive en Judée.

 

Une nouvelle dynastie commence

Les fils de Vespasien

 

UNE NOUVELLE DYNASTIE COMMENCE

 

 Au lieu de diriger ses troupes sur Rome, Vespasien décida d'attaquer la ville à son endroit le plus sensible : son estomac. Presque tout l'approvisionnement en grain de Rome venait d'outre-mer, et notamment la fertile vallée du Nil en Egypte. Vespasien se dirigea alors vers l'Egypte et la prit d'assaut, laissant Rome sous la menace d'une famine imminente. Les troupes de part et d'autres de l'Empire se déclarèrent alors en faveur de Vespasien. Même Vitellius voulait céder, mais ses propres troupes ne le lui permettaient pas. Vespasien resta en Egypte et envoya son bras droit, Antonius Primus, avec une armée prendre Rome et disposer de Vitellius, ce qu'il fit en décembre de l'an 69 ap. J.-C. Vespasien fut déclaré Empereur in absentia, et retourna dans la ville en 70 ap. J.-C.

 

Si Rome avait été malchanceuse, Vespasien aurait pu devenir un despote militaire sans pitié. Au contraire, la ville se retrouva avec un dirigeant doté des meilleures qualités romaines : il était honnête, efficace, travailleur et doué militairement. A la fin de son règne de dix ans, il avait acquis le titre de "Second Fondateur du Principat", en prouvant que le gouvernement d'Auguste pouvait réussir dans un descendant d'Auguste à sa tête. (En fait, le Principat était en de meilleures mains s'il ne s'agissait pas justement d'un descendant d'Auguste). Comme Vespasien ne voulait pas déprécier la noble lignée qu'il remplaçait, il devint le premier Empereur à adopter le nom de César comme titre de respect, au lieu de l'intégrer à son propre nom.

 

Vespasien était le premier Princeps qui n'était pas issu d'une vieille famille romaine. Il était originaire des bas pays de l'Italie, et son père était un equite, non un patricien. Vespasien ne devait son admission au Sénat qu'à ses propres mérites. Le désordre dans l'Empire nécessitait un homme ferme, patient et subtile plutôt qu'un homme brillant, et Vespasien détenait ces trois qualités.

Sa première tâche fut de restaurer le contrôle romain sur les provinces perdues par les politiques de Néron. Il vainquit les Gaulois, et son fils, Titus Vespasianus acheva le travail de son père en Judée en détruisant Jérusalem. Les rebelles celtes et pictes en Bretagne étaient pacifiés, du moins temporairement. Se préoccupant d'abord des urgences, Vespasien résout le profond problème en plaçant des gouverneurs provinciaux qui partageaient ses propres valeurs d'honnêteté et d'efficacité. Bien qu'il ait augmenté les taxes pour éponger les énormes dettes contractées par Néron, il utilisa intelligemment l'argent pour restaurer la solvabilité de l'Empire, et investir dans des travaux publics comme le Colisée. Il établit également des salaires pour les professeurs d'éloquence romains et grecs.

 

Vespasien s'entendait bien avec le Sénat même s'il ne lui accordait aucun pouvoir. Il traita ce corps auguste avec respect et courtoisie, bien qu'il ne lui tolérait aucune erreur. Il aida également à diversifier la représentation, en promouvant de nombreux aristocrates provinciaux aux sièges sénatoriaux. Qu'il serait déifié après son règne ne faisait aucun doute, bien que Vespasien lui-même semblait peu enclins aux honneurs; sur son lit de mort, il dit "Bon sang, je me sens devenir un dieu".

 

LES FILS DE VESPASIEN

 

 Un des accomplissements les plus notables de Vespasien fut de convaincre l'armée romaine d'accepter une autre lignée que celle de Julius Caesar, à leur tête. Vespasien était déterminé à fonder une dynastie, disant "Mes fils me succéderont ou personne ne le fera". En fait, ses deux fils lui succédèrent.

 

L'aîné des fils de Vespasien, et son héritier, Titus, fut l'un des Empereurs les plus adorés et les plus malchanceux de l'histoire de Rome. Son père le forma soigneusement pour en faire son héritier, et partagea même le Principat avec lui pendant ses dernières années. Mais Titus mourut d'une fièvre à peine deux ans après son accession, à l'époque de l'éruption du Vésuve qui détruisit les villes de Pompéï et Herculanum, et d'un gigantesque incendie à Rome. S'il avait vécu plus longtemps, il aurait pu se faire des ennemis; mais il mourut au tout début de son règne, et fut instantanément déifié.

 

Vespasien ne s'était jamais préoccupé de préparer son second fils, Domitien, à la fonction d'Empereur. En fait, Titus et lui semblent toujours avoir voulu écarté Domitien du pouvoir et de l'influence de Rome. Il est possible que Vespasien préférait tout simplement Titus qu'il ne supportait aucune compétition pour le règne de son fils aîné, ou pensait-il que son fils cadet n'était pas fait pour être Empereur. Quelles qu'en soient les raisons, le père de Domitien ne l'avait jamais considéré comme son successeur -- Domitien devint naturellement horriblement jaloux de son propre pouvoir quand il acquit le siège impérial.

 

Domitien régnait de façon autocratique dès le début. Il dédaigna le Sénat, l'ignorant la plupart du temps, et l'humiliant quand il daignait remarquer son existence. Les Légions, au contraire, recueillaient ses faveurs et son suffrage. C'est sans doute leur soutien qui lui a permis  de rester aussi longtemps au pourvoir.

En 86 ap. J.-C., cinq ans après son ascension, il décida de ne pas attendre la décision posthume du Sénat et se proclama lui-même dieu vivant. En persécutant le Sénat et les citoyens de Rome de procès et d'exécutions pour trahison, Domitien avait fini par tenir toute la classe supérieure dans un règne de terreur. Publiquement, Domitien décréta que les Romains devaient respecter un code moral strict et élevé, et que tout manquement serait sévèrement punis. Cela donnait une excuse supplémentaire à Domitien pour exercer son pouvoir suprême; dans sa vie privée, il faisait comme il l'entendait, allant même jusqu'à prendre pour maîtresse l'un des ses nièces.

 

Mais la tyrannie de Domitien concernait strictement la cille de Rome même. Il choisissait des gouverneurs compétents pour les provinces, qui avaient trop peu de Domitien pour risquer de commettre des mauvais pas. Sur le plan militaire, Domitien montra peu d'intérêt en acquérant de nouvelles terres pour Rome; son activité en cette matière s'est limitée à contenir une rébellion en Afrique, étendre la province de Bretagne vers l'Ecosse, et luttant avec les problèmes récurrents à Dacia. Chez lui, le seul accomplissement positif de Domitien fut de promouvoir un plan de reconstruction et d'embellissement de Rome. Il n'avait cependant aucun talent de gestionnaire et déclencha des problèmes économiques en finançant ses projets de construction.

 

Les dernières années du Principat de Domitien étaient remplies d'incessants procès de trahisons et d'exécutions qui décimèrent sérieusement le corps du sénat. Finalement, le capitaine de la Garde Prétorienne (avec l'aide de la femme de Domitien), s'arrangea pour assassiner le tyran. Le Sénat -- du moins ce qu'il en restait -- avoua sa propre haine en déclarant le règne de Domitien Damnatio Memoriae.

 

Chapitre VI: Les Empereurs Antonins

 

 Les Empereurs Antonins

 

Fort heureusement, la chute de la dynastie Flavienne n'a pas généré le même chaos que celui qui avait suivi celle des Julio-Claudiens. L'éviction de Domitien semblait avoir été bien coordonnée, le sénat ainsi que la Garde Prétorienne ayant élu un nouvel Empereur avant même que le corps de ce dernier ne se soit refroidi. Le nouvel homme fort de Rome ainsi élu était un vieux sénateur du nom de Marcus Cocceius Nerva. Son premier geste fut de suspendre les lois sur la trahison créées par son prédécesseur et de rappeler tous les exilés politiques. Son accession au trône marque l'aube de ce que l'on a appelé la dynastie Antonine, bien qu'il ne s'agisse en réalité pas d'une authentique dynastie, l'Empereur l'ayant initié n'étant entré en fonction qu'au milieu d'une période donnée, et non à son début.

 

En dépit de la brièveté de son règne, Nerva eut le temps d'accomplir deux choses des plus importantes. D'une part, il put éviter d'être renversé suffisamment longtemps pour que la société romaine se remette de l'assassinat de Domitien, évitant par là même une probable guerre civile. D'autre part, au lieu de tenter d'établir sa propre dynastie comme bon nombre de ses prédécesseurs, Nerva choisit comme successeur le meilleur Empereur potentiel, ce qui permit l'émergence de l'Age d'Or de l'Empire Romain.

 

Au grand dam des historiens, il ne reste que peu de traces dudit Age d'or. La plupart des témoignages qu'il nous reste des premiers Empereurs provient de l'ouvrage de Suetonius, "Les vies des Césars", fascinant livre s'achevant au terme du règne de Domitien. Seuls quelques fragments d'information sur la période lui succédant subsistent encore.

 

L'Empereur modèle

Gardien des frontières

Tranquillatas et Concordia

L'Empereur philosophe

Le dernier des Antonins

 

L'EMPEREUR MODELE

 

 Sous Nerva, le seul risque de coup d'état provenait en réalité des Légions, qui n'appréciaient guère l'idée d'être gouvernées par un sénateur sans aucune expérience militaire. Cependant, le choix de Nerva concernant son successeur eut tôt fait de calmer les esprits. Marcus Ulpius Traianus, car c'était de lui qu'il s'agissait, plus connu sous le nom de Trajan, était en effet un général aussi célèbre que respecté. Nerva en fit même son propre fils, fait unique à une époque où l'on choisissait toujours un héritier parmi sa famille, fut-elle directe ou par alliance. Trois mois après l'adoption, Nerva décéda de mort naturelle, ce qui n'est pas moins rare pour un César. Bien que n'ayant servi que deux trop courtes années, il fut sans contestation aucune déifié par le sénat.

 

Trajan fut le premier Empereur de Rome à, non seulement ne pas avoir la nationalité romaine, mais de surcroît à n'être pas même Italien, étant né dans une famille de l'aristocratie espagnole ! En outre, il possédait des vertus aussi rares chez les Césars que l'affabilité, la modestie et l'humilité. Bien qu'étant clairement un autocrate, il n'était affligé d'aucun des vices de Domitien, et régna en despote éclairé adoré par son peuple. Sans que jamais son autorité ne soit mise en doute, il traita le sénat avec courtoisie et respect, et se lia même d'amitié avec bon nombre de ses membres. Du reste, lui aussi avait répété le serment de Nerva de ne jamais faire assassiner de membre du sénat lors de son intronisation. C'est ainsi qu'il parvint à gagner de tous le respect, mais également l'amour, une tâche sans aucun doute bien plus ardue.

 

Apprécié à Rome, le nouveau César consacra beaucoup d'argent à l'amélioration des conditions de vie dans lesdites provinces, notamment par la construction de nombreuses routes. Enfin, Trajan se montra impitoyable avec les gouverneurs coupables d'abus de pouvoir envers leurs sujet, n'hésitant pas à les traduire lui-même en justice. Pour ce qui est des affaires étrangères, il abandonna la politique d'Auguste visant à limiter l'expansion de l'Empire et créa quelques nouvelles provinces, telles que l'Arabie, l'Assyrie et l'Arménie. Il conquit également Dacia la retorse, dont les mines d'or constituèrent pour lui une manne des moins négligeables. Sous le règne de Trajan, l'Empire Romain atteint son expansion géographique la plus importante.

 

Il fut l'initiateur de nombreuses constructions à Rome et dans les provinces, réorganisa les finances impériales et mis en place des subventions destinées à venir en aide aux orphelins. Il effectuait de plus régulièrement des donations aux oeuvres de charité et organisait de grands festivals pour le bonheur de son peuple, dont l'un dura plus de cent jours ! En 114 ap. J.-C., le Sénat lui décerna le titre d'"Optimus"("Le Meilleur"), l'un des rares honneur qu'il ait accepté qu'on lui accorde. Bien qu'ayant publiquement à de nombreuses reprises exprimé son désaccord avec la politique de déification des Empereurs, il fut bien évidemment sacré Dieu à sa mort, ce qui l'aurait sans doute plongé dans l'embarras le plus profond s'il avait été là pour l'entendre.

 

GARDIEN DES FRONTIERES

 

 Tandis qu'il préparait une nouvelle campagne militaire en Mésopotamie, Trajan tomba très malade et fut pris de violentes fièvres. Sur son lit de mort, il adopta Publius Aelius Hadrianus - un membre lointain de sa famille, ami de longue date - pour fils et en fit son héritier. S'il était comme son prédécesseur général et Espagnol, ne partageait cependant pas ses convictions concernant l'expansion de l'Empire, et revint aux théories d'Auguste selon lesquelles il fallait le conserver dans des frontières défendables. L'un de ses premiers geste fut de se retirer des conquêtes de l'est, abandonnant l'Assyrie et restaurant pour l'Arménie le statut d'état allié de Rome, et non de province. Si sa retraite d'Assyrie causa le mécontentement de bien des généraux Romains, elle n'en était pas moins une décision des plus sages; cette nouvelle province n'avait en effet jamais totalement été conquise, juste envahie, et la rébellion se préparait déjà. Par ailleurs, il fit en Angleterre et en Allemagne construire d'imposantes murailles pour se prémunir des invasions de barbares.

 

Hadrien était un Empereur à la fois talentueux et libéral dont les aptitudes étaient égales dans les aspects militaires, administratifs et politiques de sa position. Il fut fortement influencé par la pensée grecque, et il pensait que "le Souverain existe pour l'Etat et non l'Etat pour le Souverain". Ses origines provinciales l'amenèrent à considérer l'Italie et Rome comme les composantes d'une entité plus vaste, et il offrit des sièges de sénateurs à de nombreux provinciaux. Le changement administratif le plus sérieux opéré par Hadrien fut l'abolition de l'obligation pour les Equites de servir dans l'armée avant de pouvoir mener une carrière civile. Bien que tout ait bien fonctionné pendant un temps, ce fut le début de la séparation entre les branches militaire et civile du gouvernement, ce qui aurait de lourdes conséquences au cours des années suivantes.

 

A l'instar de Nerva et de Trajan, Hadrien fit lui aussi le serment de ne pas exercer de répression féroce envers les membres du Sénat, et respecta tout autant cette institution. Pourtant, le Sénat ne lui rendit jamais tout à fait l'affection et la confiance qu'il plaçait en lui. Il lui manquait le charisme d'un Trajan, sa politique étrangère semblait aux tribuns frileuse et bien peu glorieuse, et il accordait trop d'attention aux provinces au détriment de Rome.

En 115 ap. J.-C., Hadrien fut frappé par une maladie débilitante incurable. Son règne devint alors bien plus tyrannique qu'auparavant, et il se mit à se chercher un successeur avec ferveur. Il n'avait aucun enfant ou allié proche pouvant remplir cet office; il avait toujours eu une attitude distante, ce qui est du reste l'une des raisons pour lesquelles il n'avait jamais été apprécié du Sénat. Après avoir considéré puis écarté diverses solutions, il fixa son choix sur Titus Aurelius Antoninus, un sénateur âgé de plus de cinquante ans, et l'adopta afin d'en faire son héritier. Mais inquiet de ce que son poulain soit lui-même proche de la mort, il lui fit à son tour adopter deux jeunes garçons de son choix, Marcus Aurelius Antoninus (Marc-Aurèle), seize ans, et Lucius Verus, de neuf ans son cadet. Peu après ces événements, Hadrien passa de vie à trépas.

 

TRANQUILLATAS ET CONCORDIA

 

Hadrien n'avait aucune raison de se faire du souci pour la santé de son héritier, puisque le nouveau César régna lui aussi durant plus de vingt ans, et fut selon quelques sources "l'Empereur le plus aimé de tous". Les pièces frappées sous Antoine portaient gravés les mots "Tranquillitatas" et "Concordia", littéralement "tranquillité" et "paix".

La première action entreprise au début de son règne fut d'exercer une pression considérable sur le sénat afin de le contraindre à déifier Hadrien. Comme nous l'avons vu plus haut, ce dernier n'a en effet jamais été très populaire, en dépit de ses compétences, mais les discours enflammés d'Antoine finirent par avoir raison des scrupules du Sénat, qui précéda également le nom d'Antoine du préfixe "Pius", en hommage à son père adoptif. A l'instar des deux précédents césars, Antoine était un provincial, né de père Gaulois et de mère Espagnole.

 

Les témoignages du règne d'Antoine sont hélas aujourd'hui très rares, mais le peu qu'il nous reste est unanimement positif. Le nouveau Princeps parvint à réaliser un tour de force dont rêvent bien des politiciens contemporains : celui de baisser les impôts tout en augmentant les dépenses publiques. Il mit également en oeuvre une réforme du code civil romain visant à rétablir l'impartialité de la justice et l'équité des citoyens devant la loi. Enfin, s'il dut bien défendre en quelques occasions des frontières de l'Empire menacées, et repousser quelques raids de barbares, il eut le mérite de ne déclarer aucune guerre durant son règne.

 

Afin d'assurer sa succession, Antoine accéda aux souhaits passés d'Hadrien et maria sa fille à Marc-Aurèle, l'un des enfants qui lui avaient été ordonné d'adopter, et en fit son héritier. A sa mort, en 161 ap. J.-C., il fut longtemps pleuré et regretté dans tout l'Empire, et promptement déifié. Enfin, en guise d'ultime hommage, toute la lignée des Empereurs de l'Age d'Or furent dotée de son nom : les Antonins.

 

L'EMPEREUR PHILOSOPHE

 

 Marc-Aurèle fut un César tout à fait dans la lignée d'Antoine : calme, tranquille et pacifiste. Mais s'il avait hérité de la personnalité de son prédécesseur, il lui manqua en revanche sa bonne fortune.

 

Marc-Aurèle aurait sans doute été bien plus heureux comme philosophe ou érudit que comme Empereur. Ses nombreux écrits qui sont parvenus jusqu'à nous à travers les siècles révèlent un homme d'âme noble, réfléchi et consciencieux, bien qu'assez pessimiste, ce qui est aisément compréhensible, étant donné les événement ayant émaillé son règne. Il n'appréciait guère la tâche que lui avait décerné Antoine, mais avait le sens du devoir et tint son rang du mieux qu'il put.

Bien que Marc-Aurèle se soit acquitté de sa tâche avec les honneurs, son désintérêt profond pour la fonction d'Empereur l'a probablement amené à faire en quelques occasions de graves erreurs de jugement. Dans sa volonté de respecter scrupuleusement les volontés d'Hadrien, il nomma dès son entrée en fonction son frère adoptif Lucius Verus co-Empereur. Si ce dernier était un être arrogant et stupide, il n'était heureusement cependant pas très ambitieux, et se contenta sans peine de vivre de fêtes et d'orgies tandis que son frère s'occupait de gouverner. Cependant, ce partage du pouvoir créa un précédent malheureux qui augurait de la future division de l'Empire.

 

Très vite, Marc-Aurèle connut des problèmes bien plus graves que la présence d'un frère totalement irresponsable à ses côtés. L'agitation régnait sur beaucoup de frontières de l'Empire, et par un curieux paradoxe, le très pacifique Marc-Aurèle fut contraint de passer plus de temps en campagne, à la tête de ses troupes, que n'importe quel César l'ayant précédé. Les Parthes l'envahirent à l'est, tandis que la Gaule se révoltait ainsi que la Mauritanie, de plus, une rébellion vit le jour dans le Delta du Nil ! Pire encore, les tribus germaniques de la région du Danube s'allièrent et écrasèrent les Légions romaines, puis progressèrent à travers Noricum et Pannonia jusqu'à l'Adriatique. L'empereur fut forcé de vendre des biens impériaux afin de réunir les fonds nécessaires à la levée d'armées pour lutter sur tous ces fronts, et d'enrôler gladiateurs et esclaves dans ses troupes pour pallier à la déficience d'hommes valides. Il parvint tout de même à faire battre en retraite les tribus germaniques, mais au prix de lourdes pertes. Pour finir, les soldats de retour de la campagne les opposant aux Parthes ramenèrent avec eux une épidémie aussi contagieuse que dévastatrice, qui ravagea Rome et plusieurs autres cités de l'Empire ! Quelques historiens avancent cette épidémie comme étant l'une des raisons majeure du déclin de Rome.

 

En 177 ap. J.-C., une fausse rumeur se propagea dans Rome, attestant que Marc-Aurèle avait été tué lors d'une bataille. Un général romain en profita pour essayer de renverser le gouvernement afin de se faire sacrer empereur à son tour. Bien que cette tentative de coup d'état ait échoué, elle amena Marc-Aurèle à commettre sa seconde erreur : il nomma son fils Lucius Aelius Aurelius Commodus, âgé de seize ans à peine, co-empereur. Lorsque trois ans plus tard, il décéda cette fois pour de vrai lors d'une campagne, il fut déifié et Commode proclamé empereur.

LE DERNIER DES ANTONINS

 

 Marc-Aurèle, qui avait géré l'Empire avec sagesse tout au long de son règne, commit cependant une énorme bourde en abandonnant la tradition voulant qu'un César choisisse son successeur en fonction de ses compétences, et non par les liens du sang. Commode ne voulait pas du titre d'Empereur, et n'était certes pas qualifié pour cette lourde tâche. Le sens du devoir ne comptait pas au nombre de ses qualités, et il ne tenta même pas d'assumer sa charge au mieux. Il était une fois de plus la preuve vivante que les jeunes hommes immatures ne devaient à aucun prix accéder au poste de César.

 

Commode était passionné par le sport, et voulait devenir un super athlète. Il commença donc à organiser et sponsoriser de nombreuses compétitions sportives auxquelles il participait (et qu'il remportait systématiquement). Il alla même jusqu'à descendre dans les arènes pour y combattre en tant que gladiateur, comme n'importe quel esclave. Bien qu'il se prenne pour la réincarnation d'Hercule, Commode était à la fois lâche et cruel. Il traitait le Sénat avec mépris, multipliant les indicateurs dans leur entourage et les procès pour haute trahison. Quant à la Garde Prétorienne, il ne cessa au contraire de la couvrir de pots de vin pour s'assurer sa fidélité.

 

Heureusement pour lui, Commode avait la chance de disposer de généraux compétents pour assurer la sécurité le long des frontières, alors que lui-même n'accordait aucune attention à la préservation de l'Empire. Mais il créa un grand ressentiment parmi son peuple en levant des taxes toujours plus lourdes afin de payer les multiples tournois sportifs qu'il organisait. Grisé par son propre pouvoir, il suivit les traces du dernier grand tyran romain et s'auto proclama Dieu vivant. Peut-être, à l'instar de Domitien, réalisait-il que ses chances de déification posthume étaient plus que minces, et que la seule adoration qu'il obtiendrait jamais devrait être obtenue de force, de son vivant.

 

Le règne de Commode s'acheva du reste de la même façon que celui de Domitien : par la trahison de ses proches. Le capitaine de la Garde Prétorienne et la maîtresse favorite du César s'allièrent et achetèrent son sparring-partner pour qu'il l'étrangle durant un entraînement à la lutte. Le Sénat ne perdit bien évidemment pas de temps à déclarer le règne de Commode Damnatio Memoriae.

 

Chapitre VII: Le Long Déclin

 

 La mort de Commode en 192 ap. J.-C. marqua le début d'une année fertile en empereurs et en assassinats, bon nombre de généraux tentant par le biais de la guerre civile de s'approprier le pouvoir. Mais cette fois, il n'y aurait hélas pas de Vespasien pour sortir Rome de l'ornière. C'est Septime Sévère qui obtint le sacre en 193 ap. J.-C. Il pensait que le pouvoir à Rome ne reposait que sur l'appui des armées, et se montra très généreux avec ses Légions, tout en ignorant Sénat et traditions de gouvernement romaines.

 

Septime Sévère fonda une dynastie des plus catastrophiques, les Empereurs Severins, qui se montra totalement incapable de rétablir ne serait ce qu'un semblant d'ordre au sein de l'Empire. Tout au long des cinquante années que durèrent leur règne, ils accrurent toujours davantage le pouvoir des Légions au détriment de celui du gouvernement civil, ce qui les mena tout droit à une conclusion des plus prévisibles : en 235 ap. J.-C., Septime Sévère Alexandre, dernier de la lignée, fut assassiné par ses propres troupes lorsqu'il ne paya pas un pot de vin promis au préalable. Durant le demi siècle suivant, le pouvoir fut détenu par quinze Césars différents. Le seul d'entre eux ayant démontré une quelconque aptitude pour l'exercice du pouvoir fut Aurélien, (270 à 275) et apporta une paix fragile à l'Empire avant d'être exécuté par quelques uns de ses propres officiers. Aurélien fut le premier empereur à se réclamer de gouverner par la volonté de Dieu (dans son cas, le soleil invaincu); ainsi, son règne est souvent considéré comme étant la période ou le Principat (dignité impériale) devint le "Dominat", en référence au titre d'Aurélien de Dominus et Deus (maître et Dieu).

 

L'ordre fut brièvement restauré avec l'ascension de Dioclétien en 284, mais cette restauration nécessita une complète révision du gouvernement. Pour ce faire, Dioclétien mit en place une toute nouvelle structure appelée tétrarchie. Au sommet de la pyramide de ce nouveau système se trouvaient deux co-Empereurs, les "Augustes", ainsi que deux vice-Empereurs bien plus jeunes, appelés "Césars". C'est également durant cette période qu'il apporta une autre innovation de taille, rendue nécessaire par le déclin des naissances et la pénurie d'hommes au sein de l'Empire. Dioclétien édicta une loi selon laquelle les Romains étaient dans l'obligation d'embrasser la même profession que leurs pères, les fils de soldats demeurant soldats, les fils de fermiers, fermiers. De plus, les les déplacements des paysans étaient limités aux terres qu'ils labouraient, ils ne pouvaient pas se rendre ailleurs sans la permission de l'Empereur. Dans ces lois, on discerne clairement les prémices du système féodal.

 

La tétrarchie de Dioclétien ne lui survécut cependant pas, ce qui ne fut une surprise pour personne, et vingt ans de chaos absolu lui succédèrent. En 324 ap. J.-C., l'Empereur Constantine parvint au pouvoir,  et opérait deux changements de taille dans la société romaine. D'une part, Constantine fut le premier empereur à se convertir au catholicisme, qu'il érigea au rang de religion d'état. Par ailleurs, il ordonna la construction d'une "nouvelle Rome" sur le site de l'antique cité de Byzance, qui devint après sa christianisation Constantinople, et prit tant d'importance qu'elle devint rapidement le centre d'activité le plus important de l'Est de l'Empire. Il envisagea du reste plusieurs religions différentes, dont le Mithraïsme, avant d'arrêter son choix sur le christianisme. Mais même si sa recherche fut guidée par le pragmatisme, il est probable que sa conversion fut sincère, car c'était un homme empreint de spiritualité.

 

La création de Constantinople initia la séparation des moitiés est et ouest de l'Empire. Une grande part de l'administration qui était jusque là conduite à Rome fut délocalisée vers la nouvelle cité. En 364 ap. J.-C., l'Empereur Valentin divisant officiellement l'Empire en deux, s'adjugeant la partie ouest tandis qu'il confiait l'est à son frère Valens.  Ceci accéléra le processus de déclin amorcé avec la tétrarchie chère à Constantine, car aucuns des quatre co-dirigeants n'avait voulu de Rome comme base principale. Au début du Ve siècle, la dégénérescence de Rome était si avancée qu'Alaric, chef de la tribu germanique des Wisigoths, parvint à envahir et à mettre à sac l'ex-glorieuse cité sans rencontrer de résistance majeure. Alaric, récemment converti au Christianisme, pilla les temples païens mais laissa les églises intactes.

 

En 406 ap. J.-C. débutèrent, en provenance d'Asie, les grandes invasions des Huns, avec à leur tête Attila. Devant la férocité des envahisseurs, beaucoup de tribus s'enfuirent vers l'est ou l'ouest. Coincés entre les Mongols et les Romains, les Germains adoptèrent la politique du moindre mal et déferlèrent conséquemment vers Rome. L'Empereur fut forcé de rappeler les troupes stationnées dans les provinces pour qu'elles participent à la défense des zones centrales de l'Empire, abandonnant la Bretagne aux Pictes et aux Celtes, qui firent très vite à leur tour l'objet d'une invasion des Angles, Saxons et Jutes. L'Espagne devint alors indépendante, et les Vandales mirent la main sur l'Afrique du Nord. Vers 4

Publié dans histoirefr

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article